Les Sens du beau – Biennale internationale de design de Saint-Étienne 2015

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Form Follows Information, Cité du Design

Saint-Étienne devient comme tous les deux ans « the place to be » en matière de design grâce à sa biennale mondialement reconnue et appréciée du public comme des professionnels et grâce à son label « ville créative en matière de design » attribué par l’UNESCO. Pour sa 9ème édition la Biennale du design de Saint-Étienne s’agrandit encore. Entre les différents espaces du In à la Cité du design, musées, Firminy, Lyon, Le Puy-en-Velay… et les expositions du Off qui se déploient dans toute la région Rhône-Alpes-Auvergne au sein des galeries, magasins, associations, écoles… Il y avait de quoi visiter pour découvrir et comprendre ce qui fait le design d’aujourd’hui et de demain.

Form Follows Information, Cité du Design
Form Follows Information, Cité du Design
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d'art et d'Industrie
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d’Art et d’Industrie

La biennale s’est donnée pour thème Les Sens du beau, une problématique polémique tant la notion du beau diffère d’une personne à l’autre. Alors comment définir le beau et ses expressions plastiques ? C’est à Benjamin Loyauté et Elsa Francès que la tâche incombe. Au programme, donc, des expositions sur l’utile et l’ergonomique, le futur, l’esthétique, l’usage, le laid, le technologique, le sensible… Comme dans toute grande manifestation, cela part un peu n’importe où et n’importe comment et certaines expositions semblent en deçà de la thématique générale, voire même en complet décalage avec le reste de la programmation, chacun voulant caser sa petite pièce à l’édifice. Il y a donc du passable, du médiocre mais aussi du très bon, des expositions bien ficelées desquelles vous ne ressortez pas indemne, mais transformé, transfiguré, plus intelligent, plus beau… il y en a donc pour tous les goûts, chacun trouvant sa réponse à la notion de beau au fil de sa déambulation autour des objets.

exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Hypervital, Cité du Design
Hypervital, Cité du Design

La Cité du design porte fièrement son nom !

 

Hypervital, Cité du Design
Hypervital, Cité du Design

Le gros de la biennale se situe dans l’ancienne manufacture de Saint-Étienne, réhabilité en école (ESADSE), médiathèque, serres, restaurant, résidence d’artistes et lieu d’expositions, le tout regroupé sous l’égide de la Cité du design, organisme de gestion et développement du design. Dans les bâtiments, il y est donc questions de formes, de leur lien avec la fonction (la forme suit-elle toujours la fonction ?), les usages, la qualité de vie, selon les mots de Benjamin Loyauté. Au delà, se questionne une vision plus politique : quelle société veut-on pour le futur ? Quelle identité dans un monde en globalisation constante ? Comment émouvoir ? Comment être utile ? Des questions auxquelles répondent les designers conviés.

Beauty as unfinished business. Exposition organisée par des journalistes et non des commissaires rompus à l’exercice, cela se sent dans le choix de la scénographie (un bloc d’objet réunis autour du couloir de déambulation marqué par des cordes, peu pratique et sous-dimensionné par rapport au lieu) et le choix des objets. Pour ces commissaires d’un jour « la beauté reste un concept abstrait » et cela se voit. Des objets simples, minimalistes et des objets plus technologiques sont littéralement posés les uns à côté des autres sans cohérence. Au suivant.

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Bestiaire, Cité du Design

Le Bestiaire. On retombe littéralement en enfance en découvrant les feuilles de papier stylisées par les graphistes amis de Ionna Vautrin, la designer-poète, commissaire de l’exposition. Des feuilles de papier transformées en déguisements pour enfants. Un bestiaire ludique, simple et coloré qui nous donne envie, nous adulte, de se glisser dans une de ses étranges bébêtes. Simple, ludique, poétique, un brin surréaliste. Un côté Alice au pays des Merveilles ou Catherine Deneuve dans Peau d’Âne qui réjouit petits et grands !

Hypervital, Cité du Design
Hypervital, Cité du Design

Hypervital. Exposition du commissaire de la Biennale, Benjamin Loyauté, on sent ici une véritable recherche minutieuse, une volonté de montrer le design sous un nouveau jour, sous des traits en lien avec le monde qui l’entoure, avec des questionnements sociétaux prospectifs. Entre rêves futuristes et vérités pragmatiques. « Il nous faut améliorer le réel et évoquer les fictions d’une renaissance ». Dans une scénographie noire en forme d’étoile, le visiteur découvre un futur dans lequel les problèmes de santé, d’écologie, de géopolitique, d’habitat s’entremêlent afin de le questionner, de lui modifier ses certitudes et comportements pour un monde meilleur, post-industriel. On trouve ainsi les cœurs artificiels de la société Carmat, l’anti-mine éolien, Mine Kafon, de Massoud Hassani, un bateau-éponge à polluants par Scoutbots Ltd, des transformateurs d’eau potable de Vestergaard, les tentes pour réfugiés de IKÉA, des repas pour astronautes par ISU (The International Space University), des prototypes de maisons lunaires fabriquées en 3D grâce à la poussière du satellite par ESA et Norman Foster, des filets de pêche intelligents pour la sauvegarde des alevins par Dan Watson ou encore des drones en forme d’oiseaux par le Maryland Robotics Center. Exposition manifeste pour un changement de civilisation, Hypervital, devrait être exposé un peu partout dans le monde afin de faire prendre conscience aux politiques comme aux citoyens qu’il faut se transformer, se réinventer dans un souci d’économies, de respect du vivant, des ressources à dispositions des humains. Les designers sont ici en lien avec les chercheurs, les scientifiques, les sociologues, les ingénieurs, les populations. Hypervital est sans conteste le grand moment de la Biennale 2015 ! Benjamin Loyauté signe un grand coup, un véritable pamphlet pour un beau futur !

L'Essence du beau, Cité du Design
L’Essence du beau, Cité du Design

L’Essence du beau. Exposition dédiée aux élèves de différentes écoles européennes de design, les productions sont ici en léger décalage d’avec le thème de la Biennale. Les petites citations accompagnant les projets de fin d’études sont malheureusement parfois meilleures que les productions. Il en reste néanmoins l’occasion de découvrir certaines futures stars du design, tel Léo Virieux (ESADSE) qui nous présente des feuilles sur lesquelles on passe le doit pour produire des variations sonores grâce un ingénieux système de lecture électronique et tactile ; ou encore le projet Stack de Mugi Yamamoto (ECAL) imprimante que l’on place simplement au-dessus d’une pile de papier et qui descend au fur et à mesure des impressions.

Artifact. Autre déception de la programmation malgré l’ambition de montrer l’air du temps sous ses divers aspects. La scénographie est là aussi de haute qualité et originale, comme dans le reste de la Biennale, mais les projets présentés peine à exprimer pleinement leurs intentions. Dommage.

Vous avez dit bizarre?, Cité du Design
Vous avez dit bizarre?, Cité du Design

Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre ! Alexandra Jaffré et Bart Hess nous ont concocté une exposition sur le grotesque qui fonctionne à merveille. Des objets qui ne font pas véritablement preuve de fonctionnalité mais qui affirment fièrement leur personnalité. C’est excessif, c’est comique. Une sorte de freak show des designers les plus barrés de la planète. Ici, on ne se prend pas au sérieux avec une technologie et des discours pompeux. Le visuel est à l’honneur. Les réactions sont libres. Dégoût, rires, perplexité, ambiguïté, plaisir… tout y passe ! Du masque de Bertjan Pot aux poufs en forme de cochons de Front Design en passant par la doudoune à la boutonnière en forme de mains de Si Chan (Hug Me) le cerveau en est retourné.

La Corée du Sud à l'honneur, Cité du Design
La Corée du Sud à l’honneur, Cité du Design

Vitality 2014 : Beyond Craft & Design. Exposition dédiée à l’invité d’honneur qu’est la Corée du Sud. Le beau se conjugue avec la finesse et la technicité artisanale des savoir-faire coréens. De la marqueterie, du textile, de la céramique. Toujours sobre et minimaliste. Ces objets sont contemporains mais gardent volontairement une forte prégnance passéiste formant ainsi une valeur d’immuabilité et une empathie.

Serial Beauty, Cité du Design
Serial Beauty, Cité du Design

Serial Beauty. Un joli magasin d’objets, une bonbonnière colorée, un Bon marché stéphanois… Ici pas de découvertes, que des produits que l’on peut trouver dans toutes les bonnes crèmeries. Une façon peut-être de réhabiliter le nom des designers parfois perdus face à la prépondérance des marques ? Cela se voulait « un espace de compréhension et d’interaction entre individus et communautés », manifestement c’est raté, on y voit qu’un lieu de prêt-à-consommer joliment mis en valeur par la scénographie. Ce qui voulait être critiqué y est malheureusement reflété…

ça aurait pu!, Cité du Design
ça aurait pu!, Cité du Design

Ça aurait pu ! révèle les identités visuelles refusées pour la biennale 2015. Mention pour les perdants qui proposaient tout de mêmes de « belles » affiches. Félicitations aux gagnants Lucas Ribeiro et Sylvain Reymondon dont leurs dessins maladroits et d’évidence bâclée accompagnés de propositions de significations se marient de la plus belle des manières avec les hésitations de définitions du « beau ».

No Randomness. La cohérence des formes. Ici pas de chichis ni de fioritures. Ici chaque objet à sa signification, chaque forme son explication. On est dans le royaume du rationnel. Pourquoi les pièces de monnaies et billets sont de tailles différentes ? Pourquoi les pâtes ont toutes une spécificité particulière ? Pourquoi le panneau Stop est-il octogonal ? Autant de questions que l’on s’est toujours posé, que l’on oublie et qui pourtant formate nos existences. Pourquoi la banalité n’est pas si banale, mais relève de questionnements et de solutions formelles, logiques et pratiques. Entre normes invisibles et beauté cachée, cette exposition réhabilite les évidences.

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A-T-T-E-N-T-I-O-N, Cité du Design

A-T-T-E-N-T-I-O-N. Il s’agit de la partie « geek » de la Biennale, la partie aux expériences informatiques. Mais elle démontre aussi le lien entre objets interactifs, question d’identité, question de captation de l’attention du public, de données personnelles, de notre quotidien connecté.

Form fallows information, Cité du Design
Form fallows information, Cité du Design

Form Follows Information. Gaëlle Gabillet et Dtéphane Villard nous livre sans conteste la partie de la Biennale la plus colorée et baroque dans sa scénographie magistrale dont les faux vitraux, apposés sur les immenses baies vitrées de l’ancienne manufacture en sont le point d’orgue. Ici l’art rejoint la science, la psychologie, les rites, us et coutumes au service du design et de la société. L’idée crée une forme non conventionnelle et devient une énigme qui se dévoile dans des objets à première vue abstraits. Comment exprimer autrement le connu ? Voilà la question à laquelle les objets exposés répondent. Entre détournement psychologique et imaginaire interprété. Les faits scientifiques se traduisent en objets. « En science, l’objet est une mise en forme des connaissances, un enjeu du savoir. » Mathieu Lehanneur réinvente la pyramide des âges, la météo pour les patients de soins palliatifs, Une tête de crapaud qui modifie votre destin contre une offrande, des totems qui protègent des ondes électromagnétiques… voilà le bestiaire que les deux commissaires ont réussi à dénicher. Un coup de maître !

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Philips s’invite à la Biennale

Jantes alu et gros guns en or au Musée d’art et d’industrie !

 

Sous la direction de deux professeurs de l’ESADSE, Rodolphe Dogniaux et Marc Monjou, le Musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne, fier lieu de mémoire du passé manufacturier de la ville, se transforme en meeting de voitures customisées, par la grâce de l’exposition Tu nais, tuning, tu meurs. Autant le dire, cela ne reflète pas les bonnes manières et le goût raffiné. On se pose plutôt la question de savoir qu’elle est la relation entre objet et société post-industrielle, pourquoi le recours au rajout, à l’exubérance stylistique est une manifestation des problématiques sociétales de repli sur soi ou à l’inverse d’affirmation de sa personnalité, du rôle matérialiste de l’objet. Du flashball en or pour un riche saoudien (Verney-Carron) à la voiture en carton ou bricolée d’Alain Bublex en passant par la vidéo, le tuning se dévoile sous différentes facettes et différents points de vue. Parfois bling-bling, parfois critique de la société, parfois beauf, parfois intello. Le tuning sous toutes ses formes.

Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d'Art et d'Industrie
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d’Art et d’Industrie
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d'Art et d'Industrie
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d’Art et d’Industrie

Les anciens de l’École d’art et de design de Saint-Étienne prennent le pouvoir !

 

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Adil Assim, Cité du Design

Captain Ludd, Bernadette Édition, Pédiluve… Les ex-élèves de l’ESADSE s’en donnent à cœur joie dans la métropole stéphanoise. Expositions : NDesign à la Serre, Pédiluve à l’Espace Descours ; mais aussi show-offs dans les galeries et concept-stores, manifestations et ouvertures d’ateliers et autres fab labs. NDesign se conçoit comme un lieu de production alternatif entre acteurs de la Biennale et un public néophyte en matière de design. Une chaine de production artisanale pour créer du beau dans le partage et une esthétique populaire. D’autres étudiants s’exposent au sein de l’exposition Pédiluve, qui est aussi un collectif promouvant une nouvelle génération de designers (Anaïs Borie, Jonathan Tijou, Sylvain Julé…). D’autres ont pu édité des bancs avec le concours d’entreprises rhônalpines (Michaël Paquet…). Enfin, un projet un peu fou mais contestataire d’Adil Assim qui place des objets produits de façon artisanale mais ressemblant à des objets de grands designers dans les salles d’exposition de la Biennale (Juicy Salif de Philippe Starck…) de manière à critiquer le copy-right, mais aussi les notions d’identité, de normes et de règles.

Le musée d’art moderne et contemporain se met à l’heure du design !

 

Le célèbre musée fait le choix de deux expositions mêlant art et design. La première de Benjamin Loyauté, cette fois-ci moins en forme, mêle objets, texte et vidéo. La seconde est une rétrospective de Lee Bul. Ces expositions feront l’objet d’un article détaillé à venir.

Lee Bul, Musée d'Art moderne et contemporain
Lee Bul, Musée d’Art moderne et contemporain
Musée d'Art moderne et contemporain
Musée d’Art moderne et contemporain

Le Plateau vire au design !

 

exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015

La région Rhône-Alpes détient au sein de son site lyonnais un espace d’expositions temporaires de qualité (Marc Riboud, Raymond Depardon, Georges Rousse…), le Plateau, qui se met pour l’occasion, à l’heure du design avec le Rolling Club, une sorte de tourbillon à travers des objets iconiques du monde du design et venant de créateurs au sensibilité différentes mais complémentaires. Trois sections pour trois tables, comme des circuits d’œuvres : Objets d’art, objets de design et objets singuliers. Des objets fonctionnels mais aussi des objets poétiques, uniques, des sculptures-objets. Du design, de l’art et un mélange des deux. Rapprochements systématiques actuellement, dans un monde aux frontières poreuses entre disciplines d’un même univers, dialogues entre designers et artistes. On y croise le Pèse-lettre d’Archimède d’Arnout Visser, une balance en forme de tube à essai ; le calendrier perpétuel d’Enzo Mari (Bilancia), les curiosités cybernétiques de Tetsumi Kudo, beaucoup de Michel Journiac (père critique de l’objet), l’Éléphant rose en mousse d’Alain Séchas, le marteau brise-vitre de la SNCF et une pastille Vichy un peu spéciale, à l’emblème du FN par l’ironique Frédéric Héritier.

exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
A-T-T-E-N-T-I-O-N, Cité du Design
A-T-T-E-N-T-I-O-N, Cité du Design
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d'Art et d'Industrie
Tu nais, tuning, tu meurs, Musée d’Art et d’Industrie
exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Exposition Rolling Club, Hôtel de Région Rhône-Alpes, 2015
Lee Bul, Musée d'Art moderne et contemporain
Lee Bul, Musée d’Art moderne et contemporain
Bestiaire, Cité du Design
Bestiaire, Cité du Design
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