Nouveaux Talents : Anaïs Demoustier (Cannes 2015)

Anaïs Demoustier à Cannes (photo DR)
Anaïs Demoustier à Cannes (photo DR)

Anaïs Demoustier est sans conteste l’actrice la plus délurée, doublée d’un talent incroyable, et pourtant méconnue des non cinéphiles, de la génération montante. Elle est le pendant féminin d’un Pierre Niney. La distinction presque aristocratique faite d’une éducation solide qui s’oppose à des rôles de jeunes femmes excentriques. Une culture énorme qu’elle ne dévoile qu’avec retenue. Une tête bien faite dans un corps exquis. De celles que l’on nomme grande dame. Dans l’attitude charmante, timide puis rieuse et décontractée ; à première vue, on ne peut que penser à Catherine Deneuve, distinction, sens des détails, pas de provocations, simplicité et générosité mêlées. Prenez une photo de Catherine Deneuve à son premier festival de Cannes et comparez-la à l’une d’Anaïs Demoustier. Petite robe sage dans un corps sublime, escarpins ou ballerines vernies, cheveux bien coiffés, maquillage discret sur une tête d’ange, physiquement, Anaïs Demoustier ressemble à une jeune fille de bonne famille. Mais à mesure que l’on creuse sa personnalité, on découvre une jeune femme de 27 ans aimant la vie et au quotidien pas si éloigné du notre ; à la vitalité et la gouaille débordantes. Ses pommettes aux fines taches de rousseur se colorent vite à mesure que son débit s’accélère sous les feux de la passion à l’évocation de ses hobbies, de son métier, de ses films et réalisateurs qu’elle ne cesse de remercier. Atypique.

Une actrice acharnée !

Anaïs Demoustier, défilé Miu Miu (photo DR)
Anaïs Demoustier, défilé Miu Miu (photo DR)

Car sous ses faux airs d’adolescente, Anaïs Demoustier en est quand même à une trentaine de films tournés avec les plus grands : Tavernier, Honoré, Ferran, Mouret ou Guédiguian et Ozon lui ont tous fait confiance. Repéré en 2002 à l’âge de 14 ans par Michael Haneke –rien de moins – elle débute sous ses ordres dans Le Temps du Loup avec Isabelle Huppert pour partenaire ! Dès 2009, elle est nommée aux César ! Parcours sans faute et progression constante. Elle devient progressivement l’actrice fétiche des réalisateurs dits intellectuels. Pas de grosse comédie pour elle (même si elle le regrette) mais des films pointus. Le grand public la découvre dans Thérèse Desqueyroux de Claude Miller (2012) présenté à Cannes. Cannes, festival qu’elle ne quitte plus puisqu’en 2014, elle venait présenter Bird People d’Isabelle Ferran et défend cette année le nouveau film de Valérie Donzelli, Marguerite et Julien d’après un scénario destiné François Truffaut, qu’il n’a jamais pu réaliser. Anaïs est une bosseuse acharnée, convaincue et endurante. Depuis 2007, elle tourne en moyenne 3 films par an, alternant premier rôle et second, histoire de souffler, de voir ses amis et sa famille. En 2014, elle était à l’affiche de 5 longs métrages, en 2015 de 4 ! Un travail qui paye à moitié. Si elle devient la it-actrice d’exigeants réalisateurs, les éloges de la profession lui tournent un peu le dos, la preuve elle n’a pas été nommée aux César malgré ses excellentes prestations dans ses différents rôles de 2014. Le public ne retient pas non plus son nom, normal, elle préfère se concentrer sur ses rôles que de s’épancher dans la presse, afin de faire le buzz et que les gens se souviennent d’elle. Mais son génie ne serait tardé à être reconnu de tous. Les spectateurs ne pourront plus omettre son nom dans leur classement des actrices les plus brillantes. Car sous ses traits fins et sa tenue, ces rôles pourraient être ceux de petite fille sage, plats et sans consistance. Mais sa palette, ses registres de jeu, lui permettent de créer des personnages aux en couleurs, à fort caractère ou au contraire perdu, désemparé, loin des archétypes habituels. Des concetti subtiles et une diction qui lui donnent un jeu particulier, iconoclaste, inclassable.

Marguerite et Julien à Cannes.

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Marguerite et Julien, alias Anaïs Demoustier et Jeremie Elkaïm, film de Valérie Donzelli, Festival de Cannes 2015 (photo DR)

Cette année, au Festival de Cannes, Anaïs Demoustier représente le jeune cinéma français et son passé Nouvelle Vague par le biais du nouveau film de Valérie Donzelli, Marguerite et Julien, qui s’inspire d’un scénario oublié de Jean Gruault destiné en premier lieu à François Truffaut. Ce dernier ne l’ayant jamais adapté, la réalisatrice se l’approprie et le réinterprète à sa manière.

Deux femmes désormais habituées des paillettes cannoises. Valérie Donzelli, remarquée en 2008 avec son film autobiographique, La Guerre est déclarée, revient avec son comparse et ex-mari Jérémie Elkaïm et donc Mademoiselle Demoustier présenter une histoire incestueuse entre frère et sœur dans la France d’Henri IV. L’inceste sujet déjà développé dans le cinéma mais ô combien d’actualité – preuve en est, avec la loi de Marie-Louise Fort réactualisée cette semaine à l’Assemblée visant à protéger les enfants victimes. On ne connaît pas encore grand-chose du film, suspense du Festival oblige. Tout ce que nous en savons est un cours résumé du synopsis : Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir… Pas même de bande-annonce. Tout au plus les quelques photographies proposées dans cet article et le petit interview d’Anaïs pour Allociné. Le tournage en costumes et décors d’époque (dus à Manu de Chauvigny) a eu lieu en Normandie, au château de Tourlaville notamment. Tout comme Anaïs, on espère retrouver la fantaisie, le ludisme et la vitalité dont fait preuve Valérie Donzelli dans ses films, cette patte Donzelli que l’on aime, entre émotion et rire. Mais on aimerait aussi (comme le pré-annonce Thierry Frémaux en conférence de presse) un peu de Truffaut car il n’y a que du bon dans cet homme de cinéma éternel. Du Donzelli, du Truffaut, de l’Ancien Régime et du Anaïs, un melting-pot protéiforme qui va détonner.

Rendez-vous, donc, au Palais le Mardi 19 Mai pour découvrir Marguerite et Julien et Anaïs Demoustier à l’écran et en chair et en os!

Voici le lien pour la vidéo de présentation du film par Anaïs Demoustier:

http://www.allocine.fr/video/video-19553252/

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