Nouvelle programmation 2015/16 du théâtre des Célestins (Lyon)

Les Affaires sont les affaires par Claudia Stavisky
Les Affaires sont les affaires par Claudia Stavisky

Ce mardi, la rédaction du Dandy Libéré était conviée à la présentation en avant-première de la programmation des Célestins, théâtre national de Lyon dont la renommée n’est plus à faire. Les voisins et amis villeurbannais du TNP offrent une concurrence, renforcée avec le Radiant-Bellevue de Caluire et les Ateliers du centre-ville, permettant à la métropole rhodanienne de s’offrir la plus riche programmation théâtrale de région ! Alors dans un contexte de crise des financements publics dévolus à la culture réjouissons-nous de la vitalité des salles et troupes lyonnaises qui exportent leurs savoir-faire et idées à l’international, promouvant ainsi une sorte « d’expérimentation collective et créative (…) lieu de partage de l’humanité » selon les mots des directeurs Claudia Stavisky et Marc Lesage.

Caudia Stavisky (photo DR)
Caudia Stavisky (photo DR)

Car le théâtre ne peut qu’être vivant. Fait de comédiens, de machinistes, costumiers, metteurs en scènes et bien sûr d’auteurs le théâtre est un art de critique de la vie. Les pièces y sont des métaphores de notre quotidien, de nos vies, de nos amours, de nos tragédies personnelles, de ces petits riens, de ces grands événements intemporels, historiques, le théâtre n’est jamais une retranscription directe de la réalité mais un prisme critique qui nous fait du bien.

Rondement menée par une Claudia Stavisky toujours aussi humoristique et vendeuse de ses choix personnels mais quelque peu jet-laguée par ses allers-retours entre Lyon et Shanghai – ville dans laquelle elle monte l’une de ses trouvailles. La présentation des productions 2015-16 recèle une grande richesse de registres, d’auteurs et metteurs en scène. Passons rapidement sur la programmation de Sens Interdits, festival régional, présentant des pièces de jeunes artistes inconnus du public français mais qui percent dans leurs pays d’origine, ce festival faisant l’objet d’un futur article détaillé de la part de votre fidèle allié Dandy Libéré.

Cet automne Samuel Beckett et le Québec sont à la fête !

Samy Frey dans Premier Amour de Samuel Beckett
Samy Frey dans Premier Amour de Samuel Beckett

Pour les 110 ans de la naissance de l’Irlandais, Samuel Beckett, les théâtres proposent des programmations axées sur son théâtre surréaliste, sombre, inclassable. Maître es absurde, Beckett est célébré comme il se doit dans deux mises en scène, l’une de Jean-Pierre Vincent, En Attendant Godot, et l’autre, Premier Amour, de (et avec) Sami Frey ! En Attendant Godot raconte l’histoire d’un monde allant à sa perte en attendant désespérément Godot, métaphore d’un dieu imaginaire, d’un fol espoir, d’un avenir meilleur qui n’arrivera pas. Ancien directeur de la Comédie-Française, J.P Vincent veut faire de la pièce novatrice et scandaleuse un espace de rébellion, de résistance malgré un texte plus que désespérant, grâce à des pointes comiques sensées.

Sami Frey quant à lui, remplace allégrement mais en catastrophe Jacques Weber ayant planté il y a quelques jours les Célestins et la mise en scène de La Dernière Bande par Peter Stein. Acte pour le moins incorrect de Weber qui ne sera pas de si tôt reconvié sur les planches lyonnaises, foi de Claudia Stavisky! Mais quand un immense acteur plaque Lyon et Beckett un autre pointe son nez pour lui ravir le cœur des spectateurs : Sami Frey. Comédien, il se fait en exclusivité mondiale pour les Célestins (oui oui m’sieurs dames !) metteur en scène de Premier Amour, nouvelle de 1945, narrant les épisodes de vie d’un vagabond (Frey seul en scène) ironique et cruel.

Les Célestins font aussi la part belle au théâtre canadien avec Albertine, en cinq temps de Michel Tremblay et 887 de Robert Lepage (un habitué des planches lyonnaises). Tremblay, génie québécois s’offre, par l’entremise de Lorraine Pintal et ses actrices, une remise en question de la vie d’une femme (Albertine) devenue vieille et faible se remémorant son passé à travers l’arrivée imaginaire d’elle-même à des âges différents et les souvenirs de sa sœur Madeleine. Entre bilan et espoir.

Robert Lepage, auteur, scénariste et acteur solo de 887 livre lui aussi un travail sur la mémoire mais d’un point de vue plus complexe, plus scientifique et psychanalytique. Mystère de la vie et mystère de la mémoire sélective sont présentés dans une mise en scène faite de boîtes, de compartiments, fragments mémoriels, d’apparitions scéniques originales.

Le Shakespeare avignonnais débarque à Lyon !

Croquis d'Olivier Py pour son Roi Lear
Croquis d’Olivier Py pour son Roi Lear

William Shakespeare, dont on fête les 400 ans de sa mort cette saison, déboule aux Célestins tout droit du Festival d’Avignon 2015 ! Olivier Py, star parmi les stars et directeur du Festival présente pour 4 jours (25-28 Nov) son Roi Lear, vision selon ses propres mots plus contemporaine bien qu’intemporelle de ce roi trahi par ses filles par manque de lucidité. Une mise en scène qui s’annonce grandiose, faite de costumes loufoques (mi d’époque mi contemporain, mi artistique mi rebus), de jeux d’acteurs spectaculaires, d’éclairages sombres, marquant les expressions et postures des personnages. Un Shakespeare comme on l’aime, intemporel et unique.

Richard III sera présenté par un autre metteur en scène français de génie, Thomas Jolly, qui continue son adaptation des guerres entre les Lancastre et York. Une mise en scène un peu longue (4h) comme à son habitude mais qui révèle un ambitieux travail autour de Shakespeare, qui vient elle aussi du Festival d’Avignon.

Denis Lavant fait les jeux !

Denis Lavant (photo DR)
Denis Lavant (photo DR)

On ne présente plus cet acteur atypique, loué par la critique mais refoulé par les réalisateurs, à l’exception de Léos Carax qui a trouvé en lui son acteur fétiche, multitâches et composite qui fait la grandeur de ses films (Les Amants du Pont-Neuf…) et comédien de pièces pointues et souvent tordues à l’image de son jeu contorsionniste et radical. À Lyon, on le retrouvera ainsi, en rôle principal d’Élisabeth II de Thomas Bernhard et en valet fourbe pour Marc Paquien. Jamais montée en France la pièce du génial mais très fou Bernhard, Élisabeth II, histoire d’un riche viennois qui retrouve son appartement envahi de personnages plus loufoques les uns que les autres lors du passage de la reine Élisabeth II sous ses fenêtres, est le reflet hypocrite du monde vu par l’écrivain pessimiste et névrosé autrichien et que l’on ne peut qu’associer avec envi aux possibilités de jeu de Denis Lavant. Cette histoire normalement irreprésentable, mélange de comique et d’attrait pour la mort, forcera Aurore Fattier à une exigence artistique qui pourrait la consacrée comme la nouvelle femme du théâtre belge.

Dans un registre plus facétieux Denis Lavant se pliera aux Fourberies de Scapin sous la direction de Marc Paquien qui saura à coup sûr trouver le moyen de rendre Scapin, symbole des travers sociétaux, encore plus outrancier, prétentieux et ironique.

Autres grands moments

La Colère du Tigre
La Colère du Tigre

Autre monstre sacré des planches et pellicules 35mm, Claude Brasseur sera de passage avec La Colère du Tigre, pièce au succès parisien non démenti, narrant l’affrontement entre deux monstres sacrés, l’un, le Tigre, Georges Clémenceau, l’autre artiste peut sûr de lui, Claude Monet. Un épisode anodin de l’Histoire de France porté avec justesse par Christophe Lindon, entre respect du talent de chacun et crises de nerfs réciproques.

Romeo Castellucci, metteur en scène italien revient avec une nouvelle version d’Orestie d’Eschyle (la première datant déjà de 1995). Eschyle ou la naissance du théâtre pour l’Italien. Une composition qui est aussi un droit à la nature, un droit au corps, un style barbare qui s’oppose au langage, une sorte de cérémonie sacrée. Castellucci, une définition du théâtre à lui tout seul.

James Thierrée, petit fils de Charlie Chaplin, a le sens artistique dans les veines. Avec sa Compagnie du Hanneton sa prochaine création (intitulée provisoirement Ficelle) toujours patchwork entre cirque, danse, mime, musique, arts plastiques, Thierrée compte bien nous en mettre plein les mirettes dans un spectacle fou et ultra vivant. Pour l’instant que des rumeurs. À découvrir fin Mai 2016.

Des partenariats entre théâtres et salles de spectacle de la métropole lyonnaise

Auparavant concurrents voire ennemis jurés (les luttes entre les Célestins et le TNP par exemple) les différents théâtres de la ville s’unissent aujourd’hui non seulement pour le bien de l’art et du public mais aussi pour des raisons budgétaires. Car les subventions dues aux théâtres et à la création se réduit comme peau de chagrin d’année en année, laissant des directeurs de salles, des artistes et intermittents sur la paille. Pour lutter contre cette attaque en règle des gouvernements opposés à la culture pourtant moteur essentiel de croissance et d’intelligence, d’innovation pour la France, les planches du Grand Lyon s’unissent et font front commun. Pour cette année, cela passe par davantage de spectacles montés en commun et présentés dans une seule des salles. Ainsi, les Célestins se délocaliseront au Théâtre National Populaire de Villeurbanne (avec Joël Pommerat et son odyssée de 4h sur la politique) aux Ateliers, au Radiant, au Toboggan de Décines (avec Feydeau) et créeront des passerelles avec l’Auditorium – Orchestre national de Lyon (Renaud Capuçon…). Ces échanges et collaborations permettent ainsi de réduire les coûts, de monter des pièces en fonction des dimensions de la salle choisie et proposent aussi aux spectateurs attitrés d’un des théâtres de découvrir ce qui se fait ailleurs dans Lyon.

La Célestine : tremplin des jeunes pousses

La Célestine est une petite salle située dans les sous-sols du théâtre des Célestins qui sert à promouvoir de nouvelles créations, de nouveaux auteurs et acteurs lyonnais, français et étrangers. Nous pourrons y découvrir cette année La Journée d’une rêveuse de Pierre Maillet d’après Copi, Quartett de Heiner Müller mixée aux Liaisons dangereuses, nouvelle idée de Michel Raskine, l’ex directeur du Théâtre du Point du Jour, ou encore Monkey Money de Carole Thibaut, manifeste anticapitaliste, critique du libéralisme outrancier, constat d’une société dérivant vers sa destruction, comme chez Beckett. La boucle est bouclée.

Théâtre des Célestins, rideau
Théâtre des Célestins, rideau
Théâtre des Célestins
Théâtre des Célestins

Cette nouvelle saison du théâtre des Célestins sera donc de haute volée, en plein cœur des manifestations, des changements sociétaux qui balaient la mondialisation. À vous de choisir parmi cette offre pléthorique vos coups de cœur et envies de découvertes. À moins que vous n’optiez pour l’abonnement intégral. Faites-vous plaisir, le théâtre vous le rendra au centuple!

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