Singapour – Destination arty

SAM Singapore Art Museum
SAM Singapore Art Museum

Singapour fête cette année ses 50 ans d’indépendance. La France fête cet événement et le Dandy Libéré aussi ! Pour cette occasion spéciale, la rédaction du Dandy Libéré lance une série d’articles spécialement consacrés à Singapour. Cette suite de dossiers comportera un panorama « découverte et compréhension » de ce micro-pays devenu un hyper hub mondial en un demi-siècle d’existence. Nous ne reviendrons pas dans cet article sur les parties politique et économique (quoi que) pour se consacrer essentiellement sur la partie culturelle en pleine ébullition. Car Singapour est en train de se transformer en place to be de l’art en Asie avec Hong-Kong et Tokyo. Les constructions « star-architecturales » pullulent, alors que les galeries et foires se multiplient comme le riz – les Occidentaux venant en masse avec leurs devises pour acheter l’art contemporain sud-asiatique encore peu prisé et donc bankable

La culture comme volonté politique de développement

Art Stage Singapore
Art Stage Singapore

Singapour est avant tout un centre financier pour l’Asie du Sud-Est, un lien économique avec le monde de part son port, le plus grand au monde, ses banques et entreprises internationales. Mais pour faire venir les étrangers, et ainsi faire du tourisme une manne nouvelle d’argent frais, les autorités singapouriennes ont décidé il y a quelques années de lancer un immense programme culturel, fait de réalisations architecturales aux styles remarquables et éblouissants (hôtels, centres d’affaires, parcs…), designées par les plus grands architectes, de grandes tables étoilées, de nouveaux musées et d’événements rythmant ainsi la vie de la presqu’île d’un nouveau poumon économique vital à sa bonne santé. La culture partout et toujours en mouvement. Singapour se veut d’être la plaque tournante de l’art asiatique, avec la volonté farouche de dépasser Hong-Kong pour le moment première destination pour les personnels artistiques.

installation au SAM
installation au SAM

Jamais à cours de constructions et de rénovations la Cité-État se rêve en grand centre artistique mondial. L’argent coulant à flots (un Singapourien sur cinq étant millionnaire !), la Suisse asiatique voit les choses de façon démesurée. Ainsi, dans le centre-ville se termine le chantier du futur plus grand musée du pays et de la région, le NAGA (National Art Gallery), temple de l’art asiatique des XIX et XX siècles, il exposera les œuvres des plus importants artistes d’Asie sur 64000m2, soit plus grand que le Prado !

Les musées incontournables

SAM Singapore Art Museum
SAM Singapore Art Museum

Dotés de nombreux petits musées et petites fondations privées, Singapour possède aussi et surtout l’un des plus hype musées au monde, le SAM (Singapore Art Museum). Né il y a à peine plus de 10 ans, ce musée est dédié à la promotion des arts contemporains de l’Asie du Sud-Est. C’est ce musée qui est le principal partenaire du Festival « Singapour en France », événement dont le Dandy Libéré reparlera en moult détails dans un article à venir. Les performances, vidéos, peintures et musiques y sont les bienvenues permettant à une jeune génération d’artistes asiatiques de se faire connaître et de s’exporter. On les retrouve désormais dans les galeries new-yorkaises, à la Biennale de Venise en passant par les festivals de cinéma.

National Heritage Board
National Heritage Board

Singapour est aussi doté d’un musée d’Histoire, le National Heritage Board (NHB), retraçant la courte vie du pays, mais aussi ses origines et différentes cultures faisant de la Cité un véritable melting-pot. Les citoyens d’origine chinoise sont les plus nombreux et mieux représentés mais ils cohabitent de façon pacifique et fructueuse avec les citoyens d’origines indiennes, sud-asiatiques et occidentales (Européens, Australiens…). Un mélange de cultures et coutumes qui fait de Singapour un pôle d’interactions créatives important, les artistes mixant ainsi les différentes visions communautaires pour les retranscrire en œuvres d ‘art. Manière aussi de parler de colonialisme, des dictatures et des conflits ethniques ayant précédé la naissance du pays.

À la fin de l’année ouvrira donc, en grande pompe, le nouvel écrin artistique du pays, la National Art Gallery (NAGA) consacrant Singapour comme un passage obligé pour découvrir tableaux et sculptures des arts asiatiques des XIX et XX siècles. Agencé par un architecte français, Jean-François Millou, il s’installe dans deux bâtiments anciennement politiques, la Cour suprême et l’Hôtel de ville. Iola Lenzi, spécialiste de l’art asiatique, sera de la partie pour enrichir au mieux les collections exceptionnelles. Arts encore sous-représentés et peu connus du grand public, les arts asiatiques se dévoileront aux yeux du public dans un sublime écrin qui va devenir à coup sûr le musée spécialisé en arts singapourien, malaisien, cambodgien, chinois, indien… le plus intéressant au monde !

Autre musée en construction, français et privé, celui-ci, la Pinacothèque parisienne s’offre une antenne dans l’archipel promouvant ainsi l’art plus occidental aux habitants et collectionneurs potentiels.

Collectionneurs potentiels qui peuvent d’or et déjà s’abreuver dans les nombreuses galeries internationales du cru.

Les galeries et marché de l’art

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Si les galeries les plus connues préfèrent encore Hong-Kong à Singapour (Perrotin, White Cube…) les galeries de taille intermédiaire s’offrent des artistes en devenir que pourraient bien regretter Gagosian et consorts. Une partie de ce petit monde marchand s’est installé dans d’anciennes casernes militaires, les Gillman Barracks, reconfigurées en écrins de cimaises immaculées pour jeunes artistes asiatiques et galeries internationales (Michael Janssen, Silverlens…).

Yeo Workshop dirigée par la jeune galeriste singapourienne de 32ans, Audrey Yeo, est spécialisée dans les artistes performeurs et créateurs de grosses installations expérimentales d’Asie du Sud-Est. Elle représente Zul Mahmod, présent dans l’exposition Open Sea du MAC Lyon avec des petits robots sonores enfermés sous cloche, sortes de mouches électroniques ; ou encore Maryanto, artiste indonésien, qui avait recréé une mine de charbon en 2013 à la Rijksakademie d’Amsterdam. Entre naturel et étrangeté dérangeante, angoissante.

Chan Hampe Galleries dirigée par un jeune Australien, Benjamin Milton, défend quant à elle des artistes singapouriens. Il représente ainsi Dawn Ng ayant conçue un lapin blanc gonflable géant qu’elle trimballe dans le monde entier. Vous pourrez ainsi le voir à Lyon et Lille pour le Festival. Mais si ce lapin parait un peu superficiel et dénué de véritable recherche artistique malgré son concept de « guérilla installation » censée réenchanter le réel, la série Everything You Ever Wanted Is Right Here, qu’elle a montré à Art Paris Art Fair en janvier, développe une vision plus singulière de Singapour non pas sous l’angle de la mégapole capitaliste mais comme un lieu de vie poétique et parfois rude grâce à des photos de la ville rehaussées de citations d’habitants exprimant leurs secrets cachés.

Angie Seah en pleine performance
Angie Seah en pleine performance

Côté maisons de vente, c’est le point mort, Sotheby’s et Christie’s ayant optées pour Hong-Kong tout comme les fortunés acheteurs chinois et occidentaux. Il y a ici un vide à combler au plus vite. Il faut aussi que les Singapouriens soient beaucoup plus nombreux à vouloir se cultiver et collectionner de l’art. Car la part des collectionneurs singapouriens est très faible, même les grandes entreprises n’investissent pas assez dans l’achat d’œuvres d’art. Un effort de fiscalisation est souhaitable puisque les capitalistes acculturés ne voient que par millions et que les collectionneurs passionnés ne sont pas assez nombreux ou fortunés. L’effort se fait aussi par l’éducation dès le plus jeune âge.

Les événements

Art Stage Singapore
Art Stage Singapore

Là aussi Singapour est en concurrence féroce avec son voisin hong-kongais qui a vu Art Basel, référence incontestable et plus grosse foire de la planète préférée la baie chinoise à la presqu’île de l’Océan indien. Mais la révolte est forte puisqu’en moins de 10 ans trois foires d’art contemporain sont nées : Art Stage Singapore (tous les mois de janvier), Affordable Art Fair (en avril) et Singapore Art Fair (en novembre). Chacune ayant ses spécificités. Singapore Art Fair fait le lien entre l’Asie et le Moyen-Orient, Art Stage fonctionne comme un tremplin pour les artistes locaux (65% des galeries sont asiatiques) Une foire spécialisée dans la photo, Milan Image Art Fair se tient en octobre. Autre institution française délocalisant à Singapour, Maison&Objet, la foire de design, vient d’inaugurer sa version « Asia » en mai.

Art Week at The Gillman Barracks
Art Week at The Gillman Barracks

Une Biennale d’art contemporain se tient toutes les années paires depuis 2006.

Art Stage Singapore
Art Stage Singapore

Les partenariats avec l’extérieur sont nombreux, des pays asiatiques proches à l’Amérique en passant par l’Australie, les pays du Golfe et la France. L’Hexagone qui, en cette année anniversaire pour l’État-Cité a décidé de réaliser des partenariats à travers des expositions et des performances en France et à Singapour réunies sous la houlette de Tan Boon Hui ancien directeur du SAM et directeur actuel du NHB, sous le titre très recherché (sic) « Singapour en France – Le Festival ». Festival qui fera donc l’objet d’un article spécifique dans le Dandy Libéré. Mais Singapour ne s’attache pas seulement à ces expositions coopératives. Les galeries Singapouriennes sont déjà présentes dans les foires (FIAC, Art Paris Art Fair…), et les artistes exposent depuis quelques années dans les institutions et biennales françaises (Palais de Tokyo, Centre Pompidou, Biennale de Lyon…).

Art Stage Singapore
Art Stage Singapore

Singapour est peut-être un micro État mais sa volonté de porter la culture comme fer de lance ne peut être qu’un exemple pour la France qui préfère se séparer de ses bijoux de famille ; un exemple pour les hommes politiques qui dénigrent les artistes, les penseurs, les poètes et musiciens, les designers et les architectes, qui négligent les arts, leur conservation et création et réduisent à néant la connaissance, la curiosité, bref la culture. Niveler par le bas n’apporte rien de bon. Mais un bagage culturel n’a jamais fait de mal, bien au contraire.

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