Mode – Maison de Haute couture cherche créateur

 

 

Une suite inattendue de démissions

 

En ce début novembre, les Fashion Weeks sont terminées, les chrysanthèmes fleurissent les tombes et les designers se font la malle. Dior, Balenciaga et Lanvin viennent de voir leurs créateurs fétiches démissionner. Alexander Wang, Raf Simons et Alber Elbaz ont rendu le torchon aux propriétaires des maisons de haute-couture. Des maisons devenues des marques bankables pour lesquelles les collections se font de plus en plus nombreuses afin de répondre aux impératifs de rendements financiers apparaissent primordiaux face au génie créatif. L’artiste ne faisant plus la loi dans ce milieu, chacun cherche à trouver chaussure à son pied, c’est-à-dire un moyen de créer selon sa volonté tout en étant le mieux rémunéré possible. Position insoutenable qui vient donc de pousser trois stars de la couture à mettre fin à leurs collaborations avec une grande maison.

 

Un ras-le-bol du rapport création < financier

 

À la Fashion Week parisienne d’octobre, Alexander Wang présentait donc sa dernière collection pour Balanciaga, Raf Simons pour Dior et Albert Elbaz pour Lanvin.

Chacun a bien sûr ses motivations personnelles (mauvaises propositions de contrats, travail pas assez apprécié…) mais force est de constater que la mode vit surement la fin de ses années de grandeur et de folie. Les designers stars en ont marre de ne plus pouvoir créer en toute liberté, d’être sous la pression de financiers ne connaissant que les chiffres et non le patron de couture ; d’être à la fois dans l’impératif de réaliser quatre ou six collections bankables ; de devoir assurer l’image de marque, de jouer le VRP de luxe, d’être un voyageur infatigable et parfois même de diriger la publicité, le marketing et la décoration des magasins. Seul extraterrestre à supporter ce rythme harassant ? Karl Lagarfeld bien sûr, qui ne manque pas, au passage, d’égratigner ses concurrents : quand on accepte ce job il faut être au niveau de l’ampleur et de la tâche gigantesques que cela représente. Adieu vie privée, adieu les enfants, adieu les vacances, adieu sa santé. Karma braqué seulement sur le rapport création/bénéfice financier.

Le styliste d’aujourd’hui se doit d’être visible, reconnu de tous, suivi par des centaines de milliers de followers – bloggeurs sur Instagram, de faire la couv’ des magazines, d’être des soirées branchées et vernissages underground mais aussi de se plier aux exigences de son patron et des actionnaires de la marque. Peu importe la création artistique, le chiffre d’affaire fait l’affaire pépère.

 

« Il y a 20 ans, le business était artisanal ; il se résumait à une collaboration entre un designer et un businessman. Puis l’industrie s’est institutionnalisée : les grands groupes sont entrés dans le jeu et les marques sont devenues extraordinairement puissantes. En témoignent leur chiffre d’affaires et le nombre croissant de boutiques. Le pouvoir est passé du côté de l’actionnaire et du management. Désormais, il faut que le designer se sente suffisamment à l’aise pour avoir envie de rester. S’il gagne beaucoup plus d’argent que par le passé, il a aussi des obligations importantes. » Ralph Toledano, Président de la Fédération française de la couture et du prêt-à-porter pour le Figaro.

 

Vers un renouveau ?

 

Et pourtant, le but de la mode est-il de proposer des produits qui plaisent à la clientèle chinoise simultanément à une bourgeoise parisienne ou new-yorkaise ? Et en même temps qu’à des investisseurs actionnaires japonais et arabes ? Le créateur doit-il être une star multi-talents ou un designer seulement attaché à donner le meilleur de son cerveau créatif ?

 

« Je ne dirais pas qu’il y a un malaise dans la mode mais se pose le problème de redéfinir le rapport entre la maison et son designer. Le modèle actuel du directeur artistique a été établi dans les années 1990 par Tom Ford. Mais aujourd’hui, est-il nécessaire que la même personne soit en charge de la création, de l’image et en même temps endosse le rôle de porte-parole ? Et enfin, la nomination d’une personnalité influence-t-elle l’achat de la cliente finale ? » s’interroge Pamela Golbin, conservatrice du Musée des Arts Déco de Paris.

 

Sans parler de suicide (RIP Alexander McQueen) ou de dérapages en tous genres, certains stylistes préfèrent faire des breaks afin de ne pas craquer. À l’image de Raf Simons qui donne donc sa démission à Bernard Arnault. Un temps de repos que Phoebe Philo (Céline) devrait s’imposer prochainement.

 

«  Nous nous sommes interrogés sur la façon de rester « sains d’esprit » en continuant d’exercer notre métier. C’est une question que nous nous posons, avec Marc (Jacobs) et Phoebe (Philo), une question pour nous tous. Pour ma part, je sais que je dois rester lucide. » Raf Simons pour Pop.

 

L’influente Li Edelkoort se penche d’ailleurs sur ce problématique rapport entre le besoin d’un retour à un monde plus lent, recentré sur les talents de chacun – c’est-à-dire sur la création artistique pour les stylistes, un talent aussi basé sur la connaissance de la matière et de la confection – et un business world qui veut régir le monde. Les contraintes de 4 ou 6 collections par an, ne sont pas une demande des clients, encore moins des designers, seulement de spéculateurs en mal d’argent frais. Du fric caché sous la médiatisation des créateurs. Alors pourquoi ne pas revenir à des talents non plus visibles mais bien à des talents artistiques purs ? Laisser le côté « marketing – publicité – notoriété » aux autres pour que le créatif soit plus libre. Un exemple possible comme l’a été le duo Yves Saint-Laurent / Pierre Berger. Un tour de cadran que semble vouloir amorcer certaines écuries, à l’image de Balenciaga qui remplace le médiatique Wang par un quasi inconnu mais au potentiel créatif énorme : Demna Gvasalia, ou de Gucci qui opte pour Alessandro Michele, ancien numéro 2 derrière la sortante Frida Giannini. La possibilité pour de nouvelles têtes d’émerger est aussi possible. Les recruteurs se penchent de plus en plus sur les books de jeunes tout droit sortis des écoles et n’ayant réalisé que quelques collections « prototypes » ou concours (Hyères…). Selon les informés journalistes du Figaro, Hélène Guillaume et Godfrey Deeny, Alber Elbaz pourrait être remplacé par un inconnu tout juste sorti de Central Saint Martins ou Anvers (Simone Rocha, Huishan Zhang…). Attention à eux de se défendre et de ne pas prendre la grosse tête !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :