De l’inculture des hommes politiques français

 

Dans un contexte français où tout ramène à un moment au politique, il y a bien un domaine qui échappe à la parole publique : la culture. Grande oubliée, malgré les vociférations de Manuel Valls qui semble vouloir étouffer la grogne montante sous couvert d’un gel du budget du Ministère de la Culture, l’action culturelle ne fait pas partie des objectifs de nos hommes et femmes politiques.

Quand François Hollande déclare publiquement ne pas connaître l’art mais que cela n’empêche pas de gérer correctement la politique culturelle, on a forcément des doutes. Quand Fleur Pellerin déclare ne pas lire de livres alors qu’elle vient d’entrer au Ministère de la Culture, on s’interroge grandement. Quand Laurent Fabius, dans son droit, récupère la politique culturelle étrangère à son profit, on se dit que le Ministère dévolu aux arts est bien mal en point. Quand Najat Vallaud-Belkacem rejette en blocs des pans entiers des cultures européenne et française on alerte. Quand des djihadistes tuent des innocents pour le seul fait d’être Français, on revendique grandement !

 

Une culture française

 

Et pourtant, il n’y a pas si longtemps la culture était encore un aveu de puissance. Jack Lang fut le dernier grand ministre sous tutelle du très intello François Mitterrand, grand pourfendeur des arts. Depuis c’est le néant. Aucun ministre n’a eu les moyens d’entreprendre une véritable réforme culturelle française.

Un comble dans un pays comme la France, vue comme le pays intellectuel et artistique par excellence du fait de son immense patrimoine et de son histoire. De Versailles et Louis XIV à Christian de Porzamparc ou Yves Saint-Laurent en passant par le Centre Pompidou ; des cathédrales romanes et gothiques à la Tour Eiffel, de Poussin aux Boltanski, des Lumières aux Romantiques du XIXs, de Louise Labé et Descartes à Camus et Lévi-Strauss, de Brennus à De Gaulle… la France possède un patrimoine culturel rayonnant sur le monde entier. Une richesse en perpétuelle avancée. Chaque jour de nouveaux intellectuels, de nouveaux artistes naissent et contribuent à garder vivante cette culture si importante.

Il faut le reconnaître, la culture française est très souvent plus reconnue à l‘étranger que sur notre sol natal. La faute à un laxisme général et à un oubli des politiques. Les intellectuels et spécialistes n’ont plus accès à l’Élysée. Les artistes encore moins. Où seulement pour quelques clichés dans Gala ou Paris Match.

 

Des politiques à côté de la plaque, en dehors de la réalité

 

Le débat culturel est donc inexistant. Et pourtant, sans culture nous ne sommes rien. Les seuls à reprendre le thème de façon déviée sont les souverainistes comme pour faire prévaloir l’idée d’une France résistante, patriote… Bref, une culture comme coup marketing. Pas très glorieux. Voir même dangereux.

Il existe bien quelques hommes politiques cultivés – ou tout du moins concernés par la question. On peut citer Laurent Fabius (il est vrai d’une famille d’antiquaires), Bruno Le Maire (dont la femme est peintre), Martine Aubry qui a fait de Lille une capitale culturelle de choix (et, on le sait moins, grande collectionneuse d’art ancien et contemporain), Jean-Jack Queyranne et Gérard Collomb – les deux barons lyonnais que vous pourrez facilement croiser au théâtre ou dans une galerie -, ou encore Marie-Louise Fort (qui œuvre à la préservation et la restauration d’œuvres religieuses et églises icaunaises, fan de littérature et collectionneuse devant l’éternel), Gaël Perdriau défenseur du design et les époux Toubon, aujourd’hui retirés de la vie politique mais fidèles à la culture. Mais en dehors de ces quelques irréductibles, la majorité ne le font que par pur intérêt électoraliste. Combien de politiques ne vont inaugurer une exposition qu’en période électorale ? Arpentent les tapis rouges des vernissages parisiens dans le seul but de se montrer ? Car la culture est un bon moyen de se distinguer. Être à tel ou tel vernissage ou représentation donne une impression de puissance, d’épanouissement intellectuel. Mais les connaisseurs du milieu ne sont pas dupes. Derrière la façade, il ne se passe rien. La situation empire même. Combien de festivals annulés ? Combien de subventions aux troupes et galeries supprimées ? Combien de Monuments non restaurés ? Faute de véritable prise de conscience de la valeur culturelle dans le poids politique !

Tous les Ministres de l’Éducation y vont de leur plan pour que chaque petit Français ait accès à la connaissance… Combien d’argent dépensé inutilement ? La Commission des Affaires culturelles tourne à vide. Les Drac sont dépassées. Aucun projet d’envergure n’a été lancé depuis Lang, c’est-à-dire depuis 30 ans ! Pire le fossé se creuse entre les classes sociales. Le creuset semble infranchissable, le gap trop compliqué à résoudre du point de vue politique. Il faut dire que mêmes les hommes et femmes politiques ne sont plus cultivés. La culture n’est clairement pas une priorité dans l’enseignement de l’ENA ou Sciences Po. On est loin du temps d’André Malraux, Chaban-Delmas, Jean Monnet et Pompidou. Quand Nicolas Sarkozy découvre le cinéma d’auteurs à 50 ans alors qu’il est déjà Président, il faut avouer que le malaise est profond.

 

« Les politiques ne vont jamais dans les musées. Ils ne lisent ni romans, ni essais philosophiques. Ils sont incultes, aveugles, quasiment autistes envers ce qui se crée sous leurs yeux. Indifférents à l’histoire des idées, de l’architecture, aux différents courants musicaux. Non, ce constat n’est pas exagéré : c’est la réalité crue, fade, horrible. C’est grave : les femmes et hommes politiques sont aussi déconnectés de la réalité que du monde des idées. Comment peut-on vouloir gouverner, inventer, entrainer les individus dans un élan commun, sans connaître l’histoire de son pays, de sa culture ? Comment peut-on vouloir comprendre son époque en ignorant ceux qui la créent ? Dans leur immense majorité, les dirigeants politiques français sont incontestablement moins cultivés que l’étaient leurs prédécesseurs dans les années 1950-60-70. Et nettement moins audacieux ! » Fabrice Bousteau, directeur de Beaux-Arts Magazine.

 

Vers un renouveau ?

 

Une indifférence à la culture qui s’oppose au désir des Français envers leur patrimoine et la création. En atteste les succès des Journées du Patrimoine, des visites de musées et expositions, du nombre croissant d’entrées aux théâtres, cinémas, opéras ou festivals. Une régression intellectuelle des politiques qui se traduit aussi par l’augmentation des conflits entre acteurs du circuit et l’administration. Les partis politiques sombrent dans la démagogie de l’art pour tous, d’un art dévalué de réflexion, plat, offert à tous. Une politique débile traduite en partie dans les réformes scolaires. L’accès à la culture pour tous ne marche pas. Il faut alors se recentrer sur les fondamentaux : la sauvegarde du patrimoine (conservation, restauration, exposition…) et aide à la création. Un plan pour le numérique doit aussi être envisagé, tout comme une résolution de la problématique du droit d’auteur – exception culturelle dans un monde globalisé. Enfin le Ministère doit revoir son lien avec les nouvelles régions qui sont dominantes dans la vie culturelle.

Il faut en finir avec le clinquant. S’il y a bien une chose tape-à-l’œil pour montrer sa puissance en matière culturelle et étouffer la grogne des « cultureux », c’est bien évidemment le musée. Tout grand politique veut construire « son musée » : du MUCEM au Beaubourg lorrain en passant par le CAPC bordelais, le Tripostal lillois, Louvre-Lens, Musée des Confluences à Lyon, Musée de l’Homme à Paris, rénovation intégrale du Musée Interlinden de Colmar, Cité du Design et Zénith à St-Étienne, FRAC Orléans… chacun y va du plus imposant et clinquant bâtiment possible. Une bien belle vitrine qui fait la une des journaux mais qui malheureusement se révèle parfois bien vide après l’inauguration. Le MUCEM est vide, la programmation du Pompidou Metz réduite, la Cité de la Mode et du Design un squat pour réfugiés. Les politiques se détournent de la question dès que les flashs s’éloignent. Une situation qui exaspère les spécialistes – de Françoise Benhamou à Fabrice Bousteau et Yves Michaud, des « pseudo-intellos » de Belkacem (Jean Clair, Finkielkraut, Todd, d’Ormesson, Onfray, Houellebecq, Aillagon…) aux connaisseurs de gauche (Mickaël Moreau, Catherine Millet, Ribes ou Badiou), de l’intermittent du spectacle inconnu au conservateur ou directeur renommé. Tous n’ont qu’une phrase en tête : « la politique culturelle en France est nulle ».

 

La culture comme secteur économique porteur

 

« Il y a une quinzaine d’années, lorsque les institutions bancaires prirent le pouvoir, nos gouvernants découvrirent l’intérêt financier de ces aliénations. Alors que les collections avaient été jusque-là proclamées « inaliénables » – éléments intégrés et indissociables d’un patrimoine national – elles devenaient « ressources » dans lesquelles puiser l’égal des autres ressources naturelles d’un territoire donné. » Jean Clair in L’Hiver de la culture.

 

L’autre moment où les politiques pointent leur nez est celui qui consiste à vanter la soit disant « économie culturelle ». Mais la culture doit-elle se fondre dans un système de marché ou être indépendante, déficitaire financièrement mais si importante intellectuellement. Un pays sans culture n’est plus un pays. Le côté économique doit tout dde même être mis sur la table, car il faut bien un financement. D’autant la culture peut être un axe de développement dans une France faite de chômage, de désindustrialisation, de globalisation qui met quasiment tous les domaines en concurrence. Sauf le patrimoine bien sûr, intransférable. Beaucoup de spécialistes comptent bien miser sur un effet de levier du tourisme. Aux politiques de s’entendre avec tous les personnalités du secteur. Car la France pourrait bien rattraper son retard grâce à ses paysages, châteaux, œuvres d’arts et créations. Une France patrimoniale qui bénéficierait à tous. Une France du futur devenue culturelle.

 

Le chemin de la liberté

 

« Il y a un constat qu’au début du XXIe siècle, la télévision s’est mise à vouer un véritable culte à la banalité. Les anonymes, les « vraies gens », comme les appellent les producteurs, ont été jetés en pâture aux téléspectateurs, pour parler de leurs petites misères dans des talk-shows, puis pour vivre le quotidien comme une aventure de télé-réalité. L’arrivée de ces programmes a provoqué un débat passionné dans l’espace public, beaucoup y voyant le symptôme d’une nouvelle époque et la confirmation que nous serions entrés dans l’ère du vide. » François Jost

 

Dans une société de surconsommation, abrutissante, faite de télé-réalité fictive, de musique idiote, de navets cinématographique, de comédies de boulevard sans génie, d’œuvres d’art qui se revendiquent ne plus en être, le besoin de culture devient une nécessité urgente. Si abrutir les individus est une bonne façon de les manipuler, de les diriger facilement, n’est-il pas plus importants messieurs dames les politiciens d’avoir une population intelligente, que de garder sa place confortable grâce à la bêtise du peuple ? Car la culture est le chemin de la liberté. La culture est libératrice des maux et carcans. Elle permet aussi, et cela est plus intéressant au niveau politique, de forger un esprit national basé sur une Histoire et une culture communes à tous les citoyens.

Dans un contexte de globalisation tendant à vouloir faire disparaître les différences culturelles on voit, à l’inverse, naître, de Brooklyn à New Delhi, de Paris à Guéret, des tentatives de retour à une individualisation culturelle, à une défense des valeurs constitutives des nations et peuples. Des solutions venant des citoyens, sans l’apport de l’État. Des initiatives personnelles, locales qui au-delà des mots devraient être aider par les hommes politiques français à l’échelle des collectivités locales comme au niveau national. Des plans de sauvetage du « Made in France » sont lancés un peu partout en région pour sauver l’emploi. Il devrait en être de même sur le plan culturel. C’est souvent débattu, mais il y a bien une culture non pas « populaire » mais « pour le peuple » qui est abrutissante, lobotomisante. « Un culte du banal » selon François Jost. Les politiques (après s’être eux-mêmes cultivés) devraient imposer des programmes de haut niveau (débats philosophiques, émissions sur des artistes, scientifiques, retransmissions de pièces de théâtre, opéras… à des heures de grande écoute) aux chaines télé, internet. En finir avec la caricature de l’intellectuel ou scientifique dans son monde, dans ses recherches, comme coupé de la réalité. Ce sont les politiques qui sont dans la fiction. Une société des médias indigente et indigeste qu’il faut donc réformer au plus vite.

 

Enfin, dernier fait qui devrait nous réunir autour de la culture française : la menace djihadiste. Plutôt que de gueuler comme les Le Pen ou se lamenter de la perte de valeurs culturelles nationales sans rien faire ; la culture, l’intelligence devraient être mises en exergue, devenir prioritaires. La France est en guerre contre une mouvance qui cherche par tous les moyens – dont le pire : notre mort – à éradiquer ce qui nous constitue, ce qui fait que nous sommes français. La liberté est bafouée. La culture mise en danger. Les derniers attentats de Paris de vendredi montrent clairement que ces djihadistes veulent tuer l’esprit français. Plus de musique, plus de cafés, plus de rassemblement, plus de fête. C’est une France libre, humaniste, heureuse, démocratique et fière de ses valeurs qui est visée. C’est donc cette France qu’il faut au plus vite sauver. Face à des quartiers ghettoïsés qui refusent de se reconnaître français, le mal est profond. Une partie de plus en plus grande de la population refuse les droits et devoirs, les principes laïques, républicains, démocratiques de la nation. Le gap se creuse entre des radicalisés, plein de haine, sans valeurs, acculturés et une population de plus en plus rétive qui vote FN comme seul recours possible. Nous n’avons pas de solutions préfabriquées pour ces jeunes radicalisés, désincarnés, sans repère, sans culture, idiots. Mais nous avons peut-être la possibilité de ne pas reproduire les mêmes erreurs avec les futures générations. Il faut en finir avec une école ludique, désincarnée, presque désavouée. Remettre l’éducation au centre des priorités. Les enfants jusqu’à 18 ans devraient être obligés de suivre des cours. Redonnons de l’autorité aux professeurs. Les parents ne doivent plus pouvoir faire la loi mais éduquer leurs enfants, quittent à sanctionner en cas de non respect des règles (amendes, prison…). Uniforme, notes strictes, discipline, respect, punition, sanction. Un retour à une école « militaire », d’avant Dolto, c’est-à-dire à une école faite par l’autorité des enseignants avec des enfants soumis à un règlement effectif. Un enseignement qui fait la part belle aux priorités éducatives essentielles. En finir avec les matières inutiles devenues des jeux. Français, Histoire-Géo, Maths, Sciences… et un cours reliant arts, philosophie, Histoire française devrait être mis en place. Toute l’Histoire de France doit être apprise ! Les moments tragiques comme les glorieuses victoires. Des Gaulois au XXIs avec Clovis, Charlemagne, La Guerre de Cent Ans, Henri IV, François Ier, Louis XIV, les Lumières, le colonialisme, la Révolution, les guerres mondiales, Vichy, L’UE… La France a une culture judéo-chrétienne. Elle doit être connue. L’Islam n’est pas une priorité. L’intégration passe par l’assimilation de la culture et l’Histoire françaises. Des sanctions doivent être prises pour ceux qui ne veulent pas l’entendre. Pour vivre correctement dans un pays, il faut le connaître. C’est le b-a ba.

Car c’est lorsque l’on connaît ses racines que l’on se développe et forme sa propre philosophie. La culture unie, mais surtout, elle fait homme.

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