Hernando de Soto – Une crise économique pire que 1929 ?

(illustration Kevin Lucbert)

 

Hernando de Soto est un économiste libéral péruvien ayant étudié le phénomène de pauvreté à travers le monde. Il fut gouverneur de la banque centrale du Pérou avant de fonder l’Institut pour la liberté et la démocratie (ILD). Longtemps menacé par la dictature et les terroristes maoïstes du Sentier lumineux, il voyagea dans le monde entier pour constater les ravages de la pauvreté. Propulsé star dans les années 2000, il conseilla Bill Clinton, les dirigeants sud-américains ou philippins. Aujourd’hui à la tête de la « Commission de démarginalisation des pauvres par le droit » à l’ONU, il défend ses idées avec Madeleine Albright, ex-secrétaire d’État américaine. Il analyse aussi les défauts (rédhibitoires ?) de la monétarisation de l’économie occidentale.

 

Dans un précédent article, nous vous présentions la vision du capitalisme pour les pays en développement du Sud. Voir l’article :

https://ledandylibere.wordpress.com/2016/02/19/hernando-de-soto-le-capitalisme-pour-tous/

 

Mais aujourd’hui, il est question de nos économies occidentales si mal en point depuis la crise de 2008 qui a mis en lumière notre perte de pouvoir sur un capitalisme devenu monétaire, virtuel, et peut-être destructeur à plus d’un titre. Entre perte de nos petits bas de laine et arrivées de régimes politiques dictatoriaux…

 

UNE CRITIQUE DU CAPITALISME OCCIDENTAL

 

« Depuis la fin du XXe siècle, avec l’arrivée des théories monétaristes, l’Occident confond le capital avec l’argent, alors qu’un capital voyage aussi sous forme d’écrits, de registres, de comptes fiables, de biens quantifiés ». Hernando de Soto

 

Hernando de Soto ne se contente pas de passer en revue les possibilités de développement pour les pays du Sud. Il les met en comparaison avec les erreurs actuelles des économistes, des capitalistes et dirigeants politiques des pays développés.

 

La prédominance de la monétarisation est un danger à ses yeux. Il ne faut pas confondre le capital avec l’argent, ce que fait l’Occident. « La grande erreur vient de ce que les entreprises expriment la valeur de leur capital en termes monétaires, jusqu’à confondre les deux réalités. Nous savons très bien, dans les pays du Sud, qu’on peut gonfler une économie avec de l’argent sans parvenir à générer pour autant du capital. Or c’est ce que vous avez fait ! Vous avez séparé la finance du système de propriétés et de biens solidement établis. Vous avez décidé, emportés par la folie de l’argent, de créer une bulle séparée du champ de la logique. Vous avez laissé la valeur à elle-même, détachée du réel sous forme de titres, détachée même des hypothèques des biens. Preuve en est, quand l’État américain a renfloué la compagnie d’assurances AIG et leur a demandé de quantifier ce dont ils disposaient en capital, ils n’ont pas pu répondre ! Ou voyez encore comment les banques suisses, non seulement refusent de dire la vérité sur l’état de leurs dettes, mais ne peuvent pas en faire l’inventaire. Elles ne retrouvent plus les traces de ces transactions, sont incapables d’en fixer les valeurs, ne disposent même pas d’un registre central. Vous êtes sortis de la réalité ! ». Autant dire que nous sommes gravement dans la mouise !

 

UNE MENACE POUR LA DÉMOCRATIE ?

 

« Tous les refinancements colossaux en cours pour vous sortir de cette énorme bulle ne régleront qu’une partie du problème. En France, on appelle ça traiter « la conjoncture »… Mais est-ce que vous contrôlez vraiment les banques ? (…) L’affaire de la Caisse d’Épargne qui continue à spéculer en pleine crise, ça aussi c’est la conjoncture ». Il nous faut donc redéfinir le capitalisme et les règles du marché. Nos récessions depuis 1929 seraient, selon lui, le fait de notre effondrement des écrits et registres qui représentaient la valeur réelle de nos biens et propriétés. La volatilité des actifs et notre légèreté prise à l’encontre du capitalisme monétaire spéculatif nous conduit sans doute à une crise majeure bien supérieure à celle de 2008 et même à celle de 1929. Nos papiers ne représentent plus rien comme le prédisait Joseph Stigliz. Nos comptes en banque non plus. Nous n’avons plus rien. Nous sommes fauchés et nous fermons les yeux continuant notre jeu de colin-maillard, de poker menteur. Nous nous retrouvons dans la même situation que les pays du Sud. Nous ne savons plus ce qui est a nous, ce que nous possédons réellement. De là à perdre nos petits bas de laine, il n’y a qu’un pas…

 

« Quand le capitalisme a établi des registres fonciers, immobiliers, vous avez pu contrôler vos élites, évaluer ce qu’elles possédaient, les taxer en conséquence, vous assurer qu’elles n’avaient pas abusé. Tant que vous possédiez des registres fiables des valeurs, vous gardiez le contrôle ».

 

Mais le plus grave est encore à venir. Dans une situation économique tendue voir écroulée, la menace de gouvernements menés par des fascistes ou des fanatiques théocratiques n’est pas si éloignée de la réalité. Qu’ils s’imposent par la force ou pire par l’acclamation du peuple trahi par la finance et le capitalisme et délaissé depuis longtemps par le pouvoir démocratique cela rappelle étrangement les suites de 1929, avec la victoire populaire d’Adolf Hitler et ensuite la Seconde Guerre mondiale et ses massacres. Des souvenirs malheureux qu’il est bon de voir en face. Il peut-être encore temps de changer les choses. Revenir au capitalisme de papier comme le promulgue Hernando de Soto. Revenir au libéralisme du XIXe siècle pour sauver le XXIe ?

 

« Je crois que la crise financière va entraîner des effets dévastateurs pour l’économie réelle. J’ai peur qu’elle entraine, comme après 1929, une montée des solutions autoritaires, du fascisme, des hommes forts, des chefs religieux. Je crois qu’elle va nous obliger à repenser la mondialisation. Elle vient nous rappeler où sont les véritables forces économiques, d’où procèdent les échecs récents. Il est temps de comprendre combien la crise actuelle provient en grande partie du fait de la pauvreté chronique de plus de la moitié du monde, qui vit hors de l’économie globale… » !

 

Les différentes citations proviennent de ses livres, d’un article accordé au Point (14 janvier 2015), Le Monde et Alternatives économiques.

 

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