Anastasia Colosimo – Blasphème, religion et politique

 

Un parcours hors du commun

 

À seulement 25 ans, cette jeune femme aux nationalités multiples s’intéresse aux liens entre mémoire, religion et politique mais aussi aux relations entre communautarisme et République. Des champs diversifiés dus à ses origines françaises (un père éditeur) mais aussi américaines et russes (sa grand-tante fut la femme de Soljenitsyne) qui concoctent un état d’esprit fouillé et unique que l’on retrouve dans son premier essai Les Bûchers de la liberté paru aux éditions Stock il y a quelques jours. Un manifeste pour la génération « Bataclan » intello, moraliste et prorépublicain. Anastasia Colosimo y approche au plus près la réalité des attentats et du terrorisme. Son essai renvoie aux causalités ambigües et aux fins pas toujours maîtrisées, pire, parfois non étudiées des politiques blasphématoires, communautaristes et farouches opposantes aux croyances. Ou quand la réalité dépasse les idéaux approximatifs de médiocres politiciens surréalistes, subjectifs aux finalités tordues par des partis pris anticléricaux bornés et aux postures relevant plus de la mascarade que de la raison pure.

 

Un essai corrosif et sans langue de bois

 

« L’idée de ce livre, c’est qu’on aurait sans doute pu prévenir certains événements en réfléchissant mieux à toutes les problématiques que draine avec elle l’accusation de blasphème. Malheureusement, ces questions sont assez secondaires dans les esprits­ notamment des politiques – jusqu’à ce qu’en janvier 2015, elles resurgissent brutalement sur le devant de la scène… » avoue-t-elle à Télérama.

 

Après des études de droit, de criminologie et de philosophie (rien que cela !) elle est désormais professeur à Sciences Po et écrivaine à ses heures perdues. Basé sur les souvenirs du 11 Septembre 2001 son livre pose comme principe que la génération que l’on nommait « Y » – celle des 20 -30 ans – est clairement touchée au cœur par les thématiques de la violence et de la politique et qui est désormais rebaptisée « génération Bataclan » depuis les attentats de Janvier et Novembre 2015. Une génération engagée soit dans les dérives terroristes soit dans la révolte démocratique et républicaine en lutte contre le communautarisme. Mais ses recherches partent aussi de la loi Pleven de 1972 et ses dérivés qui permettent à une communauté de porter plainte si elle se sent menacée. Une bonne idée au départ. Mais une loi qui a aussi, malheureusement, selon Anastasia Colosimo, permis de remettre en cause le modèle républicain fait d’unité, de liberté de penser et de liberté d’expression. Alors, qu’est-ce que le blasphème ? « Un instrument politique » nous explique l’auteur.

 

« Étymologiquement « blasphémer » signifie « mal parler » de la divinité, du roi, du prince, des autorités… Blasphémer, c’est sortir de ce qui est dicible et acceptable, dire des choses qui dérangent à l’intérieur de la communauté. » Anastasia Colosimo pour Télérama.

 

Le politique ne sait plus ce qu’est le religieux

 

« Nous sommes confrontés à un problème théologico-politique et non pas religieux. » Il n’y a pas de différence, pas de fossé entre le politique et le religieux. Les deux sont intiment liés malgré l’idée répandue en Europe depuis les Lumières et la loi de 1881. Le fait religieux est trop refoulé pour être compris actuellement dans sa globalité. Aujourd’hui les politiques se retrouvent donc désarmés face au terrorisme religieux. L’Occident ne comprend plus comment peuvent être mêlés pouvoir politique et pouvoir religieux. C’est pourquoi il y a un tel écart de vision et de discours entre l’Europe et le Moyen-Orient par exemple. Mais cela ne veut pas dire que l’Islam ne joue pas aussi sur le blasphème comme explication politique à la fatwa ou la guerre sainte. « Le piège se referme sur les musulmans eux­mêmes, qui deviennent potentiellement de mauvais musulmans aux yeux de leurs coreligionnaires s’ils ne tuent pas Rushdie, et de potentiels terroristes aux yeux de tous les autres. La stratégie des terroristes, c’est ça : l’enfermement communautaire et la recherche de l’escalade. Les musulmans européens auront beau jeu (et tout à fait raison) de se défendre en disant : « Mais ce n’est pas moi du tout, pourquoi donc devrais-je me justifier ? », le mal est fait… » Anastasia Colosimo pour Télérama.

 

Le blasphème peut donc être une posture politique, le religieux devenir une arme politique. Inversement, le blasphème peut être aussi une posture révolutionnaire, anarchiste ; un refoulement pour se distinguer, se désunir. Mais la véritable question à laquelle les hommes et femmes politiques doivent répondre est de choisir entre communautarisme religieux actuel ou une unité nationale républicaine, laïque mais respectueuse des religions, libérale, humaniste, démocratique. S’enfoncer toujours plus loin dans la division et la guerre des clans ou se montrer digne de nos valeurs européennes définies via les Lumières ? Céder aux revendications religieuses d’une communauté minoritaire ou offrir le bien-être démocratique, telles sont les problématiques à résoudre au plus vite.

 

« La crise de la laïcité que l’on traverse aujourd’hui tous ensemble pose une question simple : est-ce que l’on reste sur le modèle que nous connaissons depuis très longtemps et qui est envié par tous les amoureux de la liberté d’expression dans le monde – ce modèle républicain qui n’admet pas que les communautés se substituent aux droits de chaque citoyen, ou est­ce qu’on cède à la tentation communautariste ? La barque penche dangereusement. »…

 

 

Les Bûchers de la liberté d’Anastasia Colosimo. Éditions Stock. 232p. 18,50€

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