Théâtre des Célestins – Saison 2016-17

Théâtre des Célestins – Saison 2016-17

Stavisky
Caudia Stavisky (photo DR)

 

La programmation du Théâtre national des Célestins de Lyon s’annonce encore une fois très dense, entre grands rendez-vous, classiques, stars, découvertes venues du bout du monde et créations in situ. Présentée une fois n’est pas coutume par Marc Lesage, co-directeur avec la charismatique Claudia Stavisky, la saison 2016-17 se veut plus éclectique et apaisée que la saison précédente axée sur les problèmes politiques, les relations humaines. Place au métissage et à la recherche d’identité tout à la fois. L’humanisme remis au goût du jour pour contrer l’obscurantisme.  Une lueur d’espoir dans le chaos actuel. Vivre. Ensemble.

 

« À la monoculture, nous préférons la culture associée, où les uns s’enrichissent des autres. Cela ne se traduit pas par une douce et perpétuelle harmonie et donne aussi lieu à des frictions, des contradictions, mais au moins nous sentons-nous vivre, ensemble.

Alors ouvrons le bal et entrons dans la sarabande de cet autre monde qui se dévoile chaque soir sur scène, car c’est avant tout le nôtre. » Claudia Satvisky et Marc Lesage

 

 

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VERA de Peter Zelenka Mise en scène: Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo. Avec: Karin Viard, Héléna Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo de Souza, Marcial Di Fonzo Bo, Pierre Maillet. Scénographie: Marc Lainé et Stephan Zimmerli. Lumières: Bruno Marsol. Costumes: Anne Schott. Perruques: Cécile Kretschmar. Comédie de Caen/Théâtre d’Hérouville 15 04 2016 ©Tristan Jeanne-Valès

 

 

Les grands rendez-vous

 

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Ivo van Hove (photo Los Angeles Times)

 

Cette année encore, Les Célestins verront les grands noms du théâtre défiler entre leurs murs. Dès septembre se profile l’énergique Karine Viard en directrice de casting de mode, sorte d’Anna Wintour vampée par Meryl Streep croisée avec Karl Lagarfeld. Une femme aussi odieuse qu’arriviste qui va voir son petit monde s’écrouler en deux temps trois mouvements. (Véra de Petr Zelenka par Élise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo)

Howard Baker sera doublement célébré cette saison avec une mise en scène de Claudia Stavisky et une autre très graphique et étonnante de Jacques Vincey avec la cantatrice Natalie Dessay qui s’essaye au théâtre pour la première fois. La première, Tableau d’une exécution, exprime le point de vue d’une artiste féministe durant la Renaissance. Un jeu entre intime et jeu de pouvoir à l’écriture très incisive. La seconde, Und, voit Natalie Dessay jongler avec les mots tout en évitant des pics de glace tombant du ciel. Un dialogue entre l’écriture et la performance scénique remarquable.

Pas de théâtre sans Molière me direz-vous ! Exact ! Encore plus quand celui-ci est quasi inconnu. Amphitryon est sans doute la plus amorale des pièces de Jean-Baptiste. Du Feydeau avant l’heure, teinté bizarrement par du Shakespeare. Guy Pierre Couleau tente le pari. À voir pour s’en faire une raison.

Feydeau qui sera lui aussi à l’honneur dans une création de la toute jeune Louise Vignaud avec Tailleur pour dames. Si on aime Feydeau on n’y court. Sinon passez votre chemin.

Qui dit théâtre, dit aussi Pierre Arditi… Le très médiatique comédien retrouve son comparse Didier Bezace pour l’adaptation du roman de Jean-Paul Dubois, Le Cas Sneijder, best-seller racontant la renaissance d’un homme, qui après un accident dont sa fille est victime, se donne la possibilité de changer de vie, de laisser de côté le superflu, de ne plus (se) mentir. Bref, une ode à la liberté à n’importe quel âge !

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Stefano Massini (photo Théâtre du Rond-Point)

Redécouverte de Stefano Massini, auteur italien contemporain, inconnu de ce côté des Alpes mais connu dans le monde entier… Irina Brook nous livre une version intéressante de Terre noire avec Romane Bohringer et Hippolyte Girardot avec une construction en morceaux réassemblables jour après jour. Un agriculteur se voit déposséder de ses terres après s’être fait dupé par les pièges du profit capitaliste. Entre irréalité cruelle de la finance et réalité nue des petites gens. Dans Je crois en un seul dieu, Rachida Brakni se multiplie, pour devenir tour à tour une terroriste islamiste, une professeure juive et une militaire américaine. Une relecture originale du conflit israélo-palestinien.

 

Si vous n’avez jamais réussi à terminer les Frères Karamazov, les voici condensés ( ?) en 5h (avec entracte quand même). Tout Dostoïevski y sera exulté. Complots, doutes, passions… Du grand art. Un extrait du Festival d’Avignon 2016.

 

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Isabelle Carré (photo Elle)

Honneur à notre élue sera jouée par Isabelle Carré et Patrick Chesnais. L’écriture angoissante de Marie NDiaye devrait faire le reste. Imaginez une élue parfaite, aimée de tous, heureuse en famille. Et d’un seul coup, sans nous prévenir, un univers anxiogène s’installe pour nous scotcher à notre siège.

 

Dernier grand rendez-vous d’avril, les Célestins convoquent Arthur Miller et Ivo van Hove ! Sur les planches, Charles Berling et Caroline Proust. Le second grand rendez-vous à ne pas manquer ! Réservez vos cours de poney pour un autre jour !

 

 

Ouvertures aux autres arts

 

Depuis plusieurs saisons, le Théâtre des Célestins accueillent d’autres formes de représentations. De la musique lors des Nuits sonores (pont de l’Ascension) ou la leçon de cinéma du Festival Lumière (octobre), les collaborations sont nombreuses. Mais les directeurs dégotent aussi de belles trouvailles. James Thierrée, petit-fils de Chaplin, immense circassien sera encore une fois de la partie. À voir, forcément. Un moment de rêverie assuré.

Pour les fêtes de fin d’année, deux spectacles sont proposés à la suite. L’un à 19h, le second à 21h. Autre grand « one-man-circus » Jamie Adkins nous revient lui-aussi avec son personnage lunaire, poète-jongleur, cascadeur à l’âme d’enfant, Pierrot comique. Un moment de pure poésie. Le deuxième spectacle est une revue de cabaret mais avec des actrices presque jeunes, presque danseuses mais vraiment drôle. Imaginez Mado la Niçoise déboulée aux Folies Bergères et vous aurez un petit aperçu du contenu.

Grand moment en perspective ! Réservez au plus vite une place pour Cold Blood de Michèle Anne de Mey et Jaco van Dormael ! Expérience unique en perspective ! Imaginez un peu comment raconter la mort ? Avec des doigts et toute une logistique filmique et décorative, le couple belge réinvente l’expérience sensorielle du théâtre, du cinéma, du cirque, de la danse et bien plus encore. C’est émouvant au possible, tendre comme du coton, gracieux et intime. Préparez vos mouchoirs, ressortez votre âme d’enfant, convoquez vos souvenirs. C’est le spectacle de l’année !!! À voir et revoir !!! Et Aragon de nous rappeler que : « Rien n’est précaire comme vivre / Rien comme être n’est passager / C’est un peu fondre comme le givre / Et pour le vent être léger / J’arrive où je suis étranger »

 

 

 

Les découvertes

 

Côté nouvelle scène et jeunes talents prometteurs, il faut se fier à la programmation de la Célestine (salle en sous-sol réservée aux connaisseurs et curieux). Sarkis Tcheumlekdjian mettra en scène Andorra de Max Fisch, œuvre sur l’exclusion et le communautarisme.

En novembre, Roberto Farias nous reviendra après son succès lors du Festival Sens Interdits de 2015. Une mise en scène et une performance solo d’une force incroyable. Marchand ambulant rejeté, marginal sans le vouloir, ce spectacle en Espagnol pointe son regard sur les oubliés, les exclus. Un exemple universel.

Moment plus gai, Le Bruit court que nous ne sommes plus en direct est la création d’un jeune collectif, L’Avantage du doute. Un jeu foutraque, joyeusement barré dans lequel des journalistes se prennent au jeu du scoop. À découvrir.

Maylis de Kerangal est une jeune écrivaine dont le talent a tapé dans l’œil de Sylvain Maurice qui adapte Réparer les vivants, récit d’une mort qui peut sauver une vie grâce au don d’organe. Un sujet douloureux qui est traité ici de façon tachycardique. Pulsation maximum envisagée.

Après avoir épater son monde avec Belgrade, pièce à la mise en scène toute contemporaine, entre vidéo, musique live, effets spéciaux, etc, le collectif La Meute de Thierry Jolivet présente cette année, la Famille royale, dans la même veine. Ici, les habitants des pays de l’Est sont remplacés par des prostituées et des marginaux américains, mais ils sont tout aussi violents. L’écriture de Vollmann, fils spirituel de la Beat generation, rend la tension encore plus forte. Cela va être hard et rock !

Simon Stone est une star, mais pas en France qui encore une fois omet de regarder la jeune génération étrangère. Le metteur en scène australien, star en Allemagne, adapte ici Rocco et ses frères de Lucchino Visconti. Le seul moment pour découvrir le talent de ce jeune prodige. Ça va boxer !

Antoine Chevasson

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Rocco et ses frères, mise en scène de Simon Stone (photo Lyon Capitale)

 

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