10 films à retenir du Festival Lumière 2016

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Ouverture du Festival Lumière 2016

 

Le Festival Lumière de Lyon célèbre tous les cinémas dans la ville qui les a vus naître. Sous l’impulsion de Thierry Frémaux, Bertrand Tavernier, de toutes les équipes de l’Institut Lumière, des partenaires, des bénévoles et de tous les Lyonnais, ce Festival en 8 éditions est devenu l’un des plus intéressant au monde. Drainant foules d’amateurs, de journalistes, de spécialistes et de célébrités, il consacre le Septième Art comme aucun autre. En effet, là où la nouveauté est de mise (Cannes, Mostra, Berlinale…), Lyon présente toute l’histoire du cinéma, des premiers essais des Frères Lumière à la 3D en passant par le noir et blanc, Cinecitta, Hollywood, le 35 millimètres, le cinémascope, le western, la comédie, le documentaire… À Lyon, nous n’avons pas peur du grand écart. Divisé en plusieurs catégories et événements, il ne contient aucune compétition mais une remise de prix, que beaucoup considèrent comme le Nobel pour le Cinéma, le Prix Lumière.

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Catherine Deneuve

 

Décerné notamment à Quentin Tarantino, Gérard Depardieu, Clint Eastwood, Pedro Almodovar et Martin Scorsese, il consacra cette année : Catherine Deneuve. La grande dame du cinéma français, émue et amoureuse de la nature dédia son Prix aux agriculteurs français, qui connaissent actuellement une grande crise. Un amour de la terre que l’on retrouva dans sa sélection personnelle présentée au public avec notamment les documentaires de Raymond Depardon sur le quotidien des paysans. Le Festival Lumière 2016 proposait aussi une sélection de films autour de l’année 1970 dont Quentin Tarantino fut le chef d’orchestre. Cette année, les rétrospectives se penchaient sur les travaux de Marcel Carné, Buster Keaton, Antonio Pietrangeli et Dorothy Arzner. Et si Gong Li déclina l’invitation au dernier moment (ses performances éblouirent tout de même les déçus), Walter Hill, Park Chan-wook, Gaspard Noé firent le tour des salles pour y présenter leurs œuvres alors que Jean-Loup Dabadie et Guy Bedos détendaient l’ambiance. Les redécouvertes, restaurations, documentaires – passions des amoureux de la pellicule – et les grandes projections relevaient le niveau d’exigence voulue alors que les comédies populaires de la Nuit des Potes (4 films à la suite, dont Very Bad Trip et Les Bronzés font du ski), les muets et Monsters d’Universal en offrir plein les mirettes aux néophytes et enfants. Critiqué pour sa pseudo misogynie, le Festival proposait aussi le meilleur du cinéma féminin engagé hollywoodien des années 1950. Voici une petite sélection de 10 films cultes ou redécouverts. Histoire de ne pas mourir inculte.

1 – Prix Lumière : Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (1975 – comédie et film d’aventures)

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Remise du Prix Lumière 2016 à Catherine Deneuve

 

« Catherine Deneuve est à la fois une actrice exigeante et une star populaire, la muse de grands maîtres et l’accompagnatrice indéfectible de jeunes réalisateurs. Traversant le cinéma français et international avec élégance et intensité, avec une distinction qui n’appartient qu’à elle, dotée de cette voix lointaine si reconnaissable. (…) Femme forte ou fragile, énigmatique ou quotidienne, c’est avec une douce distance qu’elle développe un don d’ubiquité : être partout et se laisser désirer, emprunter les chemins de traverse, ne tourner que ce qu’on désire ardemment. » Catalogue du Festival Lumière 2016.

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Catherine Deneuve lors de la Sortie d’usine

Honneur à Catherine Deneuve, Prix Lumière 2016 pour l’ensemble de son œuvre. Difficile de choisir un film parmi tant de réussites. Catherine Deneuve, mieux qu’aucune autre a su définir et écrire l’histoire du cinéma français. Celle qui refuse l’étiquette, joue sans jouer, parle trop vite, incarne ses personnages avec froideur et imprégnation totale simultanées. Rebelle, elle déjoue les convenances, les critiques. Incandescente dans Belle de Jour, naïve effrontée dans les Demy, au bord du précipice dans les Téchiné, indéfinissable dans les Truffaut et Wargnier, drôle dans Le Sauvage ou Palais royal, effrayante dans Tristana et Répulsion, elle possède une palette de rôles incroyables, des personnages qu’elle incarne avec des symptômes et esprit totalement différents tout en gardant cette marque spécifique que personne ne peut cerner. Difficile dans ces conditions d’en choisir un seul. Alors, choisissons Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau, car film présenté lors de la remise du Prix et dont le réalisateur et l’actrice donnèrent amples détails. On savait Yves Montand mégalo et coléreux. Au moment du visionnage, sachez qu’il fut déçu et le dit, que Catherine Deneuve écrasait complètement sa performance. Autre détail, l’engagé chanteur-acteur approchant la cinquantaine ne pouvait suivre le rythme. Catherine Deneuve devait ainsi courir moins vite. Chose sur laquelle il est impossible de ralentir pour la Parisienne, son débit si rapide que Montand n’arrivait pas à enchaîner, dépasser. Détail qui inquiétait aussi Rappeneau qui se demandait si ce débit n’allait pas réduire la longueur du film et l’attention des spectateurs. Une actrice qui accapare pourtant les regards admiratifs qui agaça dont Montand mais aussi Belmondo dans La Sirène du Mississippi. Discrète à la ville elle explose à l’écran tout en gardant réserve et distinction. Un jeu que l’on croit en retenue mais qui lui demande une concentration extrême pouvant la mener à dormir sans arrêt pendant plusieurs semaines après un tournage. Pour elle, pas d’apprentissage ni de recherches préalables. Tout se joue lorsque le moteur tourne. Le Sauvage reste pour elle un joyeux tournage globe-trotteur, puisque tourné aux Caraïbes, à Prot-Cros, New York et Saint-Cloud. Pas l’un de ces plus grands rôles mais une parenthèse comique qu’elle aurait voulue plus grande. Avis au réalisateur de comédie exigeante, Catherine Deneuve recherche un grand rôle comique. Catherine Deneuve incarne Nelly, une emmerdeuse née, qui pour échapper à ses anciens amants mafieux, s’enfuit avec un voyageur solitaire, Martin (Yves Montand) qui n’a, lui, qu’un objectif : se débarrasser au plus vite de cette peste qui lui coule son bateau, vole ses vivres, enquête sur sa vie antérieure, etc, etc… Une fuite en avant de deux paumés qui se détestent autant qu’ils se séduisent. À voir en famille un week-end pépère.

2 – Sélection Catherine Deneuve : La Vie Moderne de Raymond Depardon (2008, documentaire)

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La Vie moderne de Raymond Depardon

Raymond Depardon n’est pas qu’un photographe de renom ayant fait le portrait de François Hollande Président. Catherine Deneuve n’est pas qu’une actrice parisienne mondaine. Depardon est aussi un très bon documentariste qui réalise des films sur la France que l’on omet de regarder, des petites villes de province aux tribunaux (avec l’aide de Michèle Bernard-Requin) et donc des campagnes arides peuplées seulement d’irréductibles paysans oubliés, délaissés. Deneuve est aussi une grande passionnée de botanique et du monde rural, collectionneuse de plantes rares et d’amitiés avec des agriculteurs. C’est ainsi que Catherine Deneuve a sélectionné la série des Profils paysans de Depardon dans sa carte blanche du Festival. Cette série donne à découvrir le quotidien de familles d’agriculteurs et éleveurs « de la France profonde », entre rire et empathie sincère pour ces derniers mohicans. Un pamphlet agricole sensible encore jamais vu. La vie simple des paysans, leurs attitudes, leurs silences, leurs conflits générationnels filmés avec une vision artistique et sentimentale pour ce grand artiste né dans une ferme.
Plus humaniste et sincère qu’un énième reportage Thema d’Arte, cette suite de documentaires (eux-mêmes sponsorisés par Arte) remplace à merveille le premier le mardi soir.

3 – Buster Keaton : Sherlock Junior de Buster Keaton (1924, comédie)
Si le grand public connaît plus Charlie Chaplin que Buster Keaton, sachez que ce dernier avait parfois dix ans d’avance sur les films de Charlot. Les deux papes du muet n’ont d’ailleurs pas eu le même succès. Buster Keaton connut la célébrité rapidement, multipliant les films, gags et montages. Une industrie pharaonique qui le ruina et le fit sombrer progressivement dans l’alcoolisme et la pauvreté. À l’inverse, Charlot, fils de pauvres saltimbanques ivrognes finit richissime et ravit l’étoile de son ami rival. Il est parfois difficile de discerner les différences entre les deux cascadeurs, acteurs, réalisateurs et producteurs. Les deux avaient le sens du mime, du contorsionisme, du comique de situation, le sens du montage… Bref, pour faire simple Charlot était souriant alors que Keaton est celui qui reste sérieux.
Sherlock Junior n’est pas le plus connu des Keaton et pourtant il est un bon résumé de l’art de l’artiste. Premier long métrage qu’il réalise seul, l’histoire est celle d’un jeune projectionniste amoureux mais fauché accusé à tort d’avoir volé la montre du beau-père. Pour révéler la vérité, il fait confiance en son livre de détective : How to Be a Detective. Mais s’est en s’endormant qu’il découvre la réalité. Si les scènes sont d’un summum du comique de situation et de cascades de haute volée, le travail préparatoire pour que les trajectoires soient parfaites fut fastidieux. Ici, la réalité et le rêve idéal s’entremêlent, la délicate et tendre poésie domine cette histoire d’amour rocambolesque.

4 – Buster Keaton : Fiancées en folie de Buster Keaton (1925, comédie)

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Buster Keaton

Encore un inconnu de Buster Keaton, sans doute le plus détesté de son auteur Fiancées en folie n’en est pas moins une petite pépite du muet. Avocat au bord de la paille, amoureux timide de Mary, James apprend qu’il peut devenir immensément riche à condition de se marier le jour même avant 19h. Après une déclaration à Mary, il fait la bourde de dire qu’il ne veut la main d’une femme que pour l’argent. S’ensuit une quête infructueuse mais cocasse, une drague lourdingue à toutes les filles de passage. Avant que son ami ne publie une annonce. Une course poursuite d’une heure démarre entre ses prétendantes et le pauvre avocat. Et l’heure qui tourne. Comment reconquérir le cœur de sa dulcinée ? Embûches et rythme haletant, timidité et gags à foison. Du grand Keaton malgré tout !

5 – Monsters Universal : L’Homme invisible de James Whale (1933, horreur)

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L’Homme invisible

Comment représenter un homme devenu invisible ? Claude Rains nous l’incarne avec ses bandelettes, ses lunettes au design original et une voix incroyable. Un scientifique ayant découvert l’invisibilité tente de retrouver sa vie en chair et en os. Problème : le sérum ingurgité provoque des délires de violence. Thriller palpitant malgré son âge, les massacres de ce fantôme terrifiant conduisent à sa traque avec, pour l’époque, une palette d’effets spéciaux de premier choix. « Un des seuls (films) qui se soit totalement émancipé de toutes les conventions et clichés qui encombrent ces bandes » selon Jean-François Rauger des Cahiers du cinéma.

6 – Antonio Pietrangeli : Fantômes à Rome d’Antonio Pietrangeli (1961, comédie)
Berçant lui aussi dans la science-fiction, du moins dans le surnaturel, Fantômes à Rome reste une comédie loufoque à l’italienne avec un Marcello Mastroianni incarnant pas moins de trois personnages ! Un palais doit être détruit. Mais des esprits y vivent et décident de mener la résistance. « Fantômes à Rome doit aussi son atmosphère à un admirable travail visuel : les costumes surannés de Maria De Matteis, la lumière de Giuseppe Rotunno, les décors fanés du vieux palais italien de Mario Chiari… » pour le Festival Lumière.

7 – Bertrand Tavernier : Lucky Jo de Michel Deville (1964, comédie dramatique)

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Bertrand Tavernier et Catherine Deneuve

Eddie Constantine n’est pas le meilleur acteur américain mais Bertrand Tavernier arrive, avec sa passion, à nous convaincre du contraire. Jouant principalement en France dans des comédies de seconde zone, Lucky Jo reste à part dans la filmographie de Constantine. Le faux bad boy à l’accent américain incarne ici un gangster foireux dont plus personne ne veut pour ne pas s’attirer des ennuis. Manque de bol, c’est lui qui est recherché par la police, alors qu’il tente sans grande conviction de se racheter une seconde chance auprès de ses amis. Les seuls succès du bagarreur gentleman cambrioleur ne peuvent être imputés qu’au hasard. Esseulé, triste il conserve le sourire du dépit jusqu’à la fin. Un nouveau genre de gangster était né.

8 – Park Chan-wook : Mademoiselle de Park Chan-wook (2016, thriller érotique)
Le Festival Lumière célèbre aussi la nouveauté, preuve en est avec l’avant-première de Mademoiselle en présence de son réalisateur. Librement inspiré Du Bout des doigts de Sarah Waters, l’histoire est transposée dans la Corée des années 1930 envahie par les Japonais. «  Sookee est engagée comme servante d’Hideko, une riche Japonaise vivant recluse dans un immense manoir, sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, elle a d’autres plans pour Hideko… ». Voilà pour le speech de présentation. Ambiance. Fidèle à son travail photographique minutieux, époustouflant, éblouissant, il livre des images de toutes beautés, parfois crues, parfois brutes, souvent cruelles. Manipulation, violence, sexe, castes rivales… un cocktail détonnant.

9 – Restaurations : J’accuse d’Abel Gance (1938, drame)

« Il ne peut pas être vrai que le sacrifice de millions d’êtres humains, dont les corps refroidis ne sont pas tous encore pourris, ait été vain » disait la publicité. J’accuse reprend le titre de Zola pour en faire un pamphlet démocratique humaniste à l’orée de la Seconde Guerre mondiale. Abel Gance sentant l’horreur de la guerre revenir rapidement signe un appel à la paix et à la prise de conscience vain mais émouvant. Lyrique et pacifiste J’accuse montre la folie guerrière poussée à son paroxysme en sortant de terre les morts et gueules cassées de Verdun.

10 – Grands moments : Les Bronzés font du ski de Patrice Leconte (1979, comédie)

« Quand te reverrai-je pays merveilleuuuuxxx ? Où ceux qui s’aiment vivent à deuuuxxx ? « . Comment ne pas résister devant ce qui reste l’une des plus grandes comédies françaises de tous les temps. De 7 à 77 ans, tout le monde connaît les répliques cultes de Bronzés font du ski. Vous avez dit élitiste et guindé le Festival Lumière ?

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Les Bronzés font du ski

Antoine Chevasson

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