Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il été éliminé dès le premier tour ?

Difficile de faire un constat à chaud, quelques heures seulement après la fin des résultats mais des points et constats émergent déjà dans la bouche des militants et sympathisants de droite et du centre. Petit tour d’horizon des premières critiques.

Du point de vue des Sarkozystes fanatiques, l’élimination de leur champion et son nouveau retrait de la vie politique française viennent des votes de sympathisants de gauche pour Alain Juppé. Manque de bol, si l’effet est réel, il reste marginal. Les votes de la gauche (environ 15%) à cette Primaire n’a pas comptablement éliminé l’ancien chef de l’État.

Le score si faible de Nicolas Sarkozy est dû au report de voix de ses anciens soutiens vers François Fillon. Les déçus du sarkozysme ont préféré voter pour le troisième homme des sondages que pour Alain Juppé. Le duel voulu et tant attendu des deux camps n’aura pas lieu, Fillon ayant éclaté les statistiques faussées. 44% pour Fillon. 26% pour Juppé… et seulement 22% pour Sarkozy.

Car la victoire de Fillon est avant tout une défaite de deux revenants, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Mettons de côté l’ancien Premier ministre pour nous concentrer sur l’échec de l’ex Président de la République. Pourquoi un tel désamour des militants et sympathisants de droite et du centre ?

UNE BASE QUI S’EFFRITE – LES FANS NE FONT PAS TOUT

Si Nicolas Sarkozy peut s’appuyer sur des militants à fond derrière lui, il n’a pas vu que ses rangs se vidaient progressivement. Pire, sa campagne ne semble parfois basée que sur la satisfaction de ses fans. Avec son style inimitable et tête baissée il a créé un personnage et non un programme, contrairement à ses principaux candidats. N’en déplaise aux fans absolus criant au pugilat et voulant détruire leurs cartes d’adhésion par ce que leur champion a perdu.

UN STYLE TROP BLING-BLING

Les militants et sympathisants de droite n’ont pas forcément apprécié le style ostentatoire et grande gueule de Nicolas Sarkozy. Le Fouquet’s, Disneyland, les montres, les magazines peuple,  etc… un amour des strass et des stars qui n’est pas forcément raccord avec la droite traditionnelle et conservatrice, religieuse. Décrit par certains militants comme arrogant et égocentrique, le  » casse-toi pov’ con » n’a pas arrangé les choses. Car le mal sarkozyste vient dès le mandat présidentiel. Un homme vu comme pas très cultivé, un peu lourd face à un Juppé sérieux et un Fillon discret et honnête. Le goût de la provocation et de la phrase choque ne tiennent plus. Ses défauts ont pris le dessus aux yeux des Français.

LES AFFAIRES

Les différentes affaires dans lesquelles Nicolas Sarkozy fut cité et parfois mis en examen sont légions. Si il s’en sort à chaque fois, l’effet sur l’électorat fut réel. Bygmalion en est l’apothéose. Les déclarations de Takieddine quelques jours avant le vote n’ont pas forcément été décisives, le choix avait déjà été fait.

L’ÉCHEC DE SON QUINQUENNAT 

Si la grande majorité de la droite et du centre s’est alliée à lui en 2007, elle a progressivement fait un constat d’échec du mandat de Nicolas Sarkozy. L’arrivée de personnalités liées à la gauche (Kouchner, Amara, Mitterand…) fut mal comprise. Les tâtonnements et couacs ont aggravé les choses. La crise de 2008 fut assez bien maîtrisée mais le taux de chômage et les charges aux entreprises lui coûtèrent des points. Son Kärcher fut remisé au fond du placard et la délinquance augmenta alors que les effectifs de police et d’enseignants baissaient. Les réformes semblèrent de petites mesurettes inefficaces ou du moins pas assez importantes. Les plus souverainistes de droite ont alors filé au FN. Les autres rêvaient d’un DSK de droite. Ce que n’a pas compris Sarkozy qui s’est lancé dans une course à l’échalote avec Marine Le Pen.

LE FAUX FN

Mais à ce jeu, les électeurs ont préféré l’orignal à la pâle copie. Buisson, Guéant et consorts se sont trompés. Voilà, l’échec de 2012 et la montée en puissance de Juppé.

Pour certains, l’équipe de campagne semblait trop faible face à celles de ses concurrents principaux. Baroin n’a rallié Sarkozy que par vengeance envers Juppé, le jeune Darmanin était moins écouté… Le courant de la Droite forte se dispersa. Il ne restait de connu que Ciotti, Dati, Woerth, Wauquiez ou Estrosi… des personnalités pas toujours appréciées du public. La jeune garde (Valérie Lacroute, Virginie Duby-Muller ou Guillaume Larrivée…) était trop fraîche. Les équipes du Maire de Bordeaux et de François Fillon sont plus solides. Juppé peut s’appuyer sur des personnalités reconnues telles que Raffarin, Pécresse, Lagarde, Bayrou ou Apparu. Les jeunes conseillers de l’ombre (Rivaton, Miro, Lemoyne, Keller…) et think tanks ont fait le reste. Chez le député de Paris, pas de gros noms mais des sénateurs et députés acharnés et travailleurs: Retailleau, Larché, Boyer, Chartier… et le soutien de Sens commun.

L’IMPOSSIBLE RETOUR

L’adage veut qu’un échec à sa réélection soit un échec à vie. La débandade et le scandale Copé/Fillon, l’échec de Raffarin et Juppé poussent l’ancien chef de l’État à croire en son retour en grâce auprès des militants. Exit l’UMP vive Les Républicains, une machine à gagner pour lui. C’était sans compter sur la volonté de Primaire. Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Pourquoi les militants poussaient-ils pour l’instauration des Primaires dans un parti traditionnellement engagé derrière son chef, coûte que coûte ? Pourquoi cet amour pour le revenant Juppé ? Pourquoi une contestation générationnelle de Le Maire et NKM ? Pourquoi Fillon se penche-t-il sur un programme présidentiel avec l’aide de sénateurs ?

QUEL PROGRAMME ?

Ses rivaux déclarés, Nicolas Sarkozy a repris ses thèmes de 2012 avec pour ambition de concurrencer le Front National. Juppé propose lui un vrai programme plus axé au centre avec son « identité heureuse » alors que Fillon se repose sur les bases des valeurs de droite : libéralisme, force de l’État, baisse des charges et du chômage, sécurité, affirmations des valeurs culturelles et patrimoniales de notre histoire judéo-chrétienne sans s’en prendre ouvertement à l’électorat frontiste. Rajouté à cela une personnalité reconnue et discrète, forte mais conciliatrice, un brin de provocation avec 500 000 fonctionnaires supprimés, un amour de la Russie et une base solide de militants liés par l’échec scandaleux de la prise en main de l’UMP en 2013 et vous avez l’échec de Nicolas Sarkozy sous les yeux.

Trop confiant, pas assez à l’écoute de son électorat et trop autocentré sur sa personnalité il n’a pas compris les enjeux de cette campagne et du rejet de François Hollande. Il n’a jamais changé contrairement à ses affirmations. Les militants et sympathisants de droite et du centre n’ont pas été dupes hier soir. Son échec, il ne le doit qu’à lui-même !

Antoine Chevasson

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