Prix Goncourt – « Le bébé est mort »

Chanson douce de Leïla Slimani a créé le buzz avec l’apothéose du Prix Goncourt.

Tout a été dit sur ce roman d’une grande finesse et d’une puissance inespérée pour un second roman. Mais Leïla Slimani sait brûler les étapes avec brio. Ce roman est basé sur une histoire en partie réelle, celle d’une nounou parfaite qui va commettre l’impensable en tuant les enfants qu’elle garde, éduque et assimile à ses propres enfants par moments.

Mais derrière ce crime horrifiant c’est aussi une critique de notre société écartelée entre le désir d’avoir des enfants et le besoin de réussite sociale et professionnelle. Dans ce contexte ambitieux les enfants sont un poids que l’on confie avec angoisse à des nounous inconnues mais que l’on veut être les meilleures. On laisse l’éducation, les moments de complicité ou de tension à ces professionnelles que l’on ne peut assimiler à des membres de la famille et qui pourtant les font tourner pour le meilleur possible.

Que sait-on de ces femmes de l’ombre ? Quelles sont leurs vies, leurs problèmes et leurs goûts ?

La tension se fait grandissante et l’auteure arrive avec finesse à disséquer la vie d’une famille qui pourrait être la nôtre au travers du prisme de la nounou, cet être en dedans et en dehors, tantôt deuxième maman, tantôt souffre-douleur.

De la première phrase « Le bébé est mort » à la reconstitution finale, vous êtes happés entre tendresse envers cette baby-sitter exceptionnelle et angoisse du crime qui approche. Un thriller fascinant qui dégage des thématiques fortes: domination versus dépendance, liberté contrite, loi des classes, ambition personnelle, non-dits, etc…

Voici quelques citations pour vous convaincre:

« Le bébé est mort. »

« En entrant dans la chambre où gisaient ses enfants, elle a poussé un cri, un cri des profondeurs, un hurlement de louve. »

« Ils nettoient, jettent, cherchent désespérément à aérer cet appartement où ils étouffent. Ils voudraient qu’elles voient qu’ils sont des gens bien, des gens sérieux et ordonnés qui tentent d’offrir à leurs enfants ce qu’il y a de meilleur. Qu’elles comprennent qui sont les patrons. »

« Un pragmatique qui place sa famille et sa carrière avant tout. »

« Les habits du père lui semblait à la fois trop grands et trop larges… Il avait envie, parfois, d’être enfant avec eux, de se mettre à leur hauteur, de se fondre dans l’enfance. »

« Son visage est comme une mer paisible dont personne ne pourrait soupçonner les abysses. »

« Elle est une présence intime mais jamais familière. » 

« Louise s’agite en coulisses, discrète et puissante. C’est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut pas advenir. Elle est Vishnu, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial. »

« Tous ces pauvres enfants sont livrés à eux-mêmes, pendant que les deux parents sont dévorés par la même ambition. C’est simple, ils courent tout le temps. Vous savez quelle est la phrase que les parents disent le plus souvent à leurs enfants? « Dépêche-toi! » Et bien sûr, c’est nous qui subissons tout. Les petits nous font payer leurs angoisses et leur sentiment d’abandon. »

« On lui a toujours dit que les enfants n’étaient qu’un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. »

Antoine Chevasson

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