Nouveaux talents : Sylvie Auvray

Le Dandy Libéré vous propose de découvrir la nouvelle scène artistique féminine française. Des artistes femmes nées après 1970 et qui feront l’Histoire de l’art. Camille Henrot, Yto Barrada, Emmanuelle Lainé, Claire Tabouret… autant de noms seuls encore connus des spécialistes de l’art contemporain français. De jeunes femmes aux œuvres très différentes mais qui deviendront cultes. À vous de les découvrir dès aujourd’hui. Le premier article consacré à Latifa Echakhch (à retrouver dans les rubriques Art, Culture ou Nouveaux Talents) nous a poussé à donner une suite et faire ce dossier qui s’enrichira progressivement, au fur et à mesure des découvertes. Ce second article développe le travail de Sylvie Auvray.

Sylvie Auvray née en 1974, fait ses études aux Beaux-Arts de Montpellier et à la City & Guilds of London, travaille en parallèle dans le milieu de la mode avec Sonia Rykiel ou Martine Sitbon avant d’être repérée au début des années 2000 par la galerie Jean Brolly puis de multiplier les expositions pour finir dans la dream team des galeristes Laurent Godin et Chantal Crousel.

img_0254

Dans un univers fait d’œuvres souvent très conceptuelles et difficilement appréhensibles (voir les travaux de Laure Prouvost, Camille Henrot ou Latifa Echakhch) de l’art français, Sylvie Auvray crée des peintures pseudo-figuratives, des sculptures aux formes animales ou de monstres que l’on pourrait croire kitsch et naïves. Mais son travail relève bien plus de sous-entendus que n’importe quel travail de l’art singulier auquel, au premier abord, nous pourrions la classifier.

DE LA RETOUCHE DU RÉEL

img_0250

Les œuvres de notre jeune Française se basent le plus souvent sur des objets de rebus, des objets achetés un peu au hasard sur le net ou en brocantes, d’images prises sur le web ou de cartes postales banales. Mais tout son talent consiste à faire de ces matières premières du monde contemporain un autre monde, onirique, étrange, fantasmagorique parfois douloureux, toujours déroutant. Le hasard et l’expérimentation se mêlent à un savoir-faire technique de haute volée. Ses Bestioles sont émaillées, pressées, peintes à la bombe, moulées en béton, dorées… toutes les techniques s’entremêlent pour former des petites figurines ou masques difformes, altérés, illusionnistes. Le kitsch s’évanouit face à ces sortes d’effigies d’un univers, le nôtre, transformé par on ne sait quelle action. L’attraction primaire que ses œuvres suscitent s’oppose à leur analyse détaillée. Parfois évocatrices de l’univers des mangas japonais, des dessins animés, ces références ne sont que la base d’une réflexion plus profonde qui s’entremêle avec un goût pour le glauque, l’épouvante (Halloween, les monstres filmés d’Universal, trains fantômes…). Les traitements techniques et volontés de l’artiste donnent naissance à des figures déformées, irréalistes qui révèlent une part plus sombre de l’humanité, bien loin du kitsch et de l’apparente bonhommie de son travail.

LE CABINET  DE CURIOSITÉ D’UN FREAK SHOW

img_0251

Ne choisissant pas entre sculpture et peinture, Sylvie Auvray offre un univers particulier fait d’images retouchées, de Masques qui n’en sont pas, des Bestioles, des Bibelots projectiles…
Commençons par les Masques. Cette série ne correspond pas vraiment à des masques puisqu’ils ne sont pas portables, trop petits, trop grands, déformés, ils ne sont pas destinés à l’humain. Ils présentent toutes sortes d’expressions possibles, du rictus à l’effroi, les orbites creuses, les traits parfois semblables à des loups, d’autres fois à des momies. Ils font peur, rire, inspirent l’étonnement.

La série des Bestioles est encore plus intéressante. Ces créatures sont humaines, animales, défigurées, comme sorties d’un Freak show. Le travail d’accumulation d’objets, leur transformation par des ajouts de terre cuite, d’émail, de coulures énormes de peinture provoquent un effet fantastique provoquant la création de zombies, de créatures hybrides à l’aspect reptilien ou plus familier (chats, chiens…). Les figures y sont blafardes ou surcolorées, hirsutes, apeurées. Ces monstres ne tranchent pas dans leur signification mais il est possible d’y sentir une métaphore des cauchemars enfantins. Un cabinet de curiosité pour amoureux de Frankenstein. Un esprit qui n’est pas sans rappeler le travail singulier de Fabien Vershaere sur la représentation de la maladie, entre pop art et expressionisme. Un mix entre Paul McCarthy et l’Art brut.

Enfin, les Bibelots projectiles semblent inspirés par les Nouveaux Réalistes, puisqu’ils consistent en des objets que l’on fracasse sur les murs. L’univers de Sylvie Auvray est composite, jouant entre tendresse pop presque enfantine et un grotesque terrifiant d’un monde métaphorique de notre propre existence.

img_0252

photos : Galeries Brolly, Gaudin, Crousel et Consortium de Dijon

Antoine Chevasson

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :