Vija Celmins – La Nature magnifiée

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Le Dandy Libéré vous propose aujourd’hui de redécouvrir le travail d’une artiste quasi inconnue en France mais célèbre à travers le monde pour son œuvre hyperréaliste : Vija Celmins. Née en 1938 en Lettonie, sa famille s’exile à Indianapolis dans les années 1940. Elle anglicise son nom, Celmins au lieu de Celmina, et prend la nationalité américaine.

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50 NUANCES DE GRIS

Élève dans une petite école des Beaux-Arts (John Herron School of Art and Design) elle confirme son talent en entrant à Yale! Dans la célèbre université elle fait la découverte d’alors jeunes artistes prometteurs tels que Brice Maiden ou Chuck Close. Dans les années soixante, le Pop Art est le courant majeur de la scène artistique américaine. Elle s’y essaye comme elle teste l’engagement politique des abstractionistes mais découvre alors l’hyperréalisme naissant. Vija Celmins ne va plus lâcher cet intérêt et devient la plus importante artiste femme du courant. Ses débuts sont marqués par le travail encore un peu naïf de dessins et peintures d’objets du quotidien (grille-pain, radiateur…).

LES SOUVENIRS DE GUERRE

De son enfance passée en Europe durant la Seconde Guerre mondiale et le communisme, Vija Celmins en retravaille les souvenirs durant une courte période (1964-66) au travers de peintures en nuance de gris, images récupérées ou vues à la télévision, mariées aux récits de sa famille, qui aboutissent à des scènes violentes d’hommes en feu, de bombardements et de fusillades. L’impact visuel de son hyperréalisme émeut et grave des instants de vie dramatiques, témoignages universels du chaos. Voici une petite vidéo dans laquelle l’artiste nous parle de cette période assez différente de son corpus artistique, comme une parenthèse obligatoire, une psychanalyse en peinture pour enfin se détacher de ses souvenirs de guerre.

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LA NATURE COMME SOURCE D’INSPIRATION

Contrairement à beaucoup de ses amis, durant la suite de sa carrière, elle ne fait pas dans la scène de vie quotidienne, dans les personnages mais se concentre sur de grands espaces naturels qu’elle réduit à un fragment qu’elle analyse à l’infini. Comme Cézanne avait sa montagne Sainte-Victoire, Vija Celmins a la mer pour décor. Son travail consiste à reproduire le plus fidèlement des photographies noires et blanches de vagues et courants marins dans des dessins au crayon papier, au fusain et à la mine de plomb. Des flots de vagues tout en nuances de gris vont alors hanter son œuvre jusqu’à aujourd’hui. Une vision non pas chaotique ni même passéiste (du fait de l’emploi du noir et blanc) mais une transcendance de l’océan, une vision flottante, mystique de vagues.

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L’HYPERRÉALISME DES PETITS RIENS

Son travail graphique se compose aussi de lettres reproduites, de cartes postales froissées, de coupures de journaux, d’images d’explosions atomiques, elles aussi au crayon noir et blanc, auxquelles elle ajoute les ombres. Vija Celmins travaille sur les petits riens, ces instants T qu’elle transforme en souvenir graphique dépositaire des sensations et sentiments du spectateur. Car son hyperréalisme ne se contente pas de nous livrer des œuvres bidimensionnelles du monde mais nous embarque dans notre propre univers, nous éloigne finalement du réel, du présent pour nous rapprocher de notre imaginaire, de notre propre vécu. Voilà toute la force de son travail. Ses marines sont nos référents de nos propres vacances à la mer.

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DES INSTANTANÉS NARRATIFS

Encore plus poétiques et métaphysiques, les ciels étoilés de Vija Celmins deviennent un espace de contemplation. Pas de récit homérique à la Jules Verne mais l’espace d’un instant, la vision de l’astronaute, du Petit Prince lunaire. Les constellations d’étoiles en deviennent abstraites, non identifiables, métaphores d’un monde en pointillé, incompréhensible, contestataire même. Car ses espaces nus, sans personnages ni identification géographique possible, sont aussi le reflet de son état d’esprit, d’immigrée d’un pays balte qu’elle n’a pas connu, de racines qui se juxtaposent, s’interposent à l’occidentalisme de sa vie. Un retour aux racines, à la nature, à l’essentiel, aux détails d’un monde difficile, guerrier, politisé. L’œuvre de Vija Celmins est donc teintée de romantisme, d’un léger et sourd spleen qui se reflète notamment dans ses séries de déserts. Des déserts de sable et de terre battue américains, des grains de sable par milliers comme des visions anatomique, si l’on peut dire, et fantomatique mêlées.

Desert 1975 by Vija Celmins born 1938

Un monde réel qui en cache un autre plus étrange, plus critique qui apparaît enfin dans son bref mais intense travail sculptural. Des petites œuvres qui sont très déstabilisantes. Des galets? Non du bronze peint comme des cailloux. Le vrai du faux. Le faux du vrai. Un jeu de dupes, un questionnement psychanalytique, voilà le fond de l’œuvre de Vija Celmins. Une image qui en reflète une autre, une réalité qui en appelle une autre, plus personnelle pour tout un chacun…

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Antoine Chevasson

Photos DR, Tate Modern, MoMA.

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