Fanzara – Street art des retraités

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Une désertification du village

Le petit Village de Fanzara, situé près de Valence en Espagne, était en perdition il y a encore quelques années. Isolé, sans économie, sans ressources, Fanzara ne faisait pas rêver… Les populations en âge de travailler fuyaient ces ruelles pour s’installer en ville. Seuls les retraités dans l’impossibilité de changer de vie devaient demeurer malgré le manque de commodités (commerces, soins…).

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La solution trouvée par la mairie fut la construction d’une immense décharge et usine de recyclage de produits toxiques en périphérie du village afin de redonner un lustre, de l’activité et des populations plus jeunes. Un projet polluant, pas si viable que cela économiquement (nombre d’emplois et rémunérations), coûteux donc pas du goût des habitants. Récalcitrants et militants, ils se mobilisèrent et firent annuler le projet. Le nouveau mal fuyait mais les maux initiaux persistaient.

Le street art plutôt que les ordures

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Une solution vient tout bouleverser: pourquoi pas du street art? Du quoi répondirent les retraités? De la peinture et des collages sur murs… Euh?!?!… Une fois des exemples présentés certains se mirent d’accord pour l’expérimentation.

Une raison est le peu de valeur marchande des terres et des maisons.. Puisqu’on ne peut vendre nos maisons ni les restaurer correctement pourquoi ne pas oser le street art. Attention pas du tag vandaliste mais des peintures choisies sur croquis par les villageois, un suivi des travaux, la possibilité de réparations en cas de litiges et l’acquisition de l’œuvre déposée sur les murs de leurs maisons.

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Regroupés au sein d’une association, M.I.A.U, les résidents et bénévoles ainsi que les autorités publiques instituèrent les règles ainsi que la mise en place d’un plan stratégique de reconnaissance de leur particularité. Car il s’agit bel et bien d’une particularité. Pas d’autres villages espagnols ni même européens ne peuvent se revendiquer « Village du street art » ou « Musée à ciel ouvert du street art ». Si les exemples sont nombreux en Amériques centrale et du Sud (rappelez-vous les fresques de Diego Rivera ou Frida Kahlo au Mexique) ou dans les banlieues et friches industrielles, les petites villes et villages sont souvent réticents aux initiatives artistiques de cette ampleur.

Les premières fresques finies, les habitants furent charmés et le nombre de commandes se multiplia rapidement, le street art envahit les petites ruelles de Fanzara. Mais il fallait dorénavant faire venir le chaland. L’association déniche les talents artistiques et les sites internet touristiques, démarche les journalistes… le buzz se crée. La révolution de Fanzara est en marche. Les jeunes espagnols à l’esprit bobo-hipster-artistes furent les premiers mais aujourd’hui ce sont des cars de touristes et des familles en vacances qui débarquent chaque jour.

Un renouveau de façade

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Mais derrière cette réussite médiatique, les problèmes de bases demeurent. Les retraités n’ont toujours pas de commerces ni de personnels de santé qui les visitent. Autre problème, il y a la pauvreté croissante corrélée à une inflation galopante, du coup, les habitants voient d’un œil assez interrogatif la hausse des prix du foncier. Les bâtiments peints sont dorénavant recherchés par une population en mal de maisons de campagne originale. La gentrification est en route. Les populations autochtones meurent et la famille préfère vendre à bon prix que de garder ses ruines taguées. Les maisons sont rachetées progressivement par des urbains qui les restaurent pour y passer leurs vacances. Un phénomène observable en France sur la côte atlantique (Pays basque, Îles de Ré, d’Yeu, Noirmoutier…) ou en Alsace ou Savoie (Combloux…) qui tend non pas à aider les populations rurales mais plutôt à les remplacer par une nouvelle, plus riche, plus dynamique, plus en adéquation avec la volonté publique et sous-entendue de la globalisation.

Antoine Chevasson

photos DR

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