Peter Martensen – Du monde instable et de ses ravages

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Peter Martensen (ActuArt/Éric Simon)

Peter Martensen bénéficie d’une superbe exposition au Musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (MAMC), intitulée Ravage (jusqu’au 27 août), une première pour l’institution et unique en France.

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Artiste danois né en 1953, Peter Martensen présente un bel ensemble d’œuvres graphiques et peintures passant en revue l’ensemble de sa production actuelle. On retrouve au rez-de-chaussée ses peintures alors que ses dessins (qu’il considère au même titre que ses huiles), vidéos et petits formats prennent place dans les petites pièces de l’étage du musée.

Fidèles à son style, les œuvres de l’exposition s’orientent particulièrement vers les thématiques du travail, en lien avec la Biennale internationale de Design de Saint-Étienne (jusqu’au 9 avril) ayant pour titre Working Promesse – Les mutations du travail.

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Selon Le Larousse, ravage signifie « Dommage ou dégât matériel important, causé de façon violente par l’action des hommes, par les agents naturels, par un cataclysme, etc… Effet désastreux de quelque chose sur quelqu’un, sur l’organisme, dans la société. » L’œuvre de Martensen est peuplée de personnages, le plus souvent des hommes en chemise ou costume, identifiables comme des employés et cadres supérieurs, dans des lieux approximatifs à rapprocher tantôt de bureaux ou d’hôpitaux. Parfois ces êtres vagabondent dans la nature. Cela pourrait être banal, sauf que l’artiste insert une forte dose d’anxiété, voire de folie. Les personnages semblent perdus, robots ou clones au bord du burn-out, déchirant des dossiers, explosant des ordinateurs, se noyant. Ces êtres dans lesquels nous pouvons identifier nos propres doutes, peines et anxiétés basculent parfois complètement dans la folie (dans un des tableaux, les hommes en camisoles de force cherchent on ne sait quoi (leur raison ?) dans les buissons d’un HP). La plupart du temps, on sent une attente, un entre-deux, un basculement vers la raison ou plus vraisemblablement vers la folie.

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L’œuvre de Peter Martensen montre donc les tensions qui se dissimulent, influent notre quotidien, le travail, les rapports aux autres. Les individus sont isolés, perdus dans leurs pensées, ne voyant plus les autres, encore moins de porte de sortie. La folie guette sans cesse. Les ravages du travail et de l’individualisme sont constamment remis en cause. L’étude du comportement humain, de sa psychologie est une part essentielle du concept de l’artiste. Il ne produit pas une analyse à proprement parler sociologique mais une critique artistique de la société mondialisée, du capitalisme sans foi ni loi. Par ses personnages anonymes, Peter Martensen nous immerge nous-mêmes dans cette folie via l’identification de ces lieux familiers, d’objets qui entourent notre quotidien et par des scènes réalistes.

Cette étrangeté est angoissante. Une oppression, un lieu en vase clos, un puits sans fond. Des rêves que l’artiste transpose avec fulgurance dans une sombre réalité. L’artiste est passé maître d’un fantastique concret, pragmatique ou du moins imaginable, réalisable.

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Certaines de ses œuvres mettent en scène de petits automates, eux-mêmes humains isolés et énigmatiques, qui se donnent au regard attentif, quasi analytique, scientifique d’hommes et femmes essayant de comprendre le mécanisme de ces petites saynètes. Son travail inlassable pourrait se rapprocher de la littérature d’un Thomas Bernhard, ou Samuel Beckett. Ses personnages semblent être des Wittgenstein attendant Godot en puissance. Dans son réalisme fantastique, Peter Martensen remet en cause notre propre monde, déviant plus que jamais dans la folie, des ravages de la guerre à ceux du travail lobotomisant. Une société manipulatrice et mortifère qui se retrouvent aussi dans ses vidéos, écrans qui se suivent, présentant toujours le même homme dans le même lieu répétant un mouvement à l’infini. À Saint-Étienne, l’une d’elles montre l’artiste devant un écran d’ordinateur, entrant progressivement dans une transe du burn-out, tirant sur la télé, essayant vainement de jouer au foot.

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Peter Martensen arrive donc, avec cette peinture à la touche picturale traditionnelle et une analyse de la psychologie humaine poussée, à créer des scènes photographiques fantastico-réalistes d’une intensité émotive proche de la révolte, du changement. Car cette folie nous pousse à réfléchir, à ne pas sombrer à notre tour.

Antoine Chevasson.
Photos Le Dandy Libéré.

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