10e Biennale internationale de Design de Saint-Étienne – Working Promesse – Les mutations du travail

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La dixième édition de la Biennale de Design de Saint-Étienne s’inscrit dans la thématique du travail. Un travail qui se fait rare dans bon nombre de pays et qui dans d’autres est une manne de progrès. Le travail en mutations, des métiers qui se substituent à d’autres, la robotique et le web qui envahissent nos vies, la question du rapport au travail, de nouvelles formes de travail collaboratif, alternatif, révolutionnaire, des méthodes d’avilissement qui poussent aux burn-out quand d’autres préfèrent le partage. Autant de champs d’investigations intéressants sur le papier qui ne se révèlent pas si maîtrisés dans cette biennale. Il faut dire que le contexte est difficile à Saint-Étienne entre des besoins de restrictions budgétaires opposées aux besoins de publicité pour la ville, un directeur clivant les personnels de la Cité du Design, incompétent en matière de… design et qui trouve bon de claquer la porte une semaine avant l’inauguration de la Biennale… C’est donc au sein des multiples contradictions que la thématique du travail aurait dû être débattue et approfondie en premier lieu.

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Au final, cette édition est donc moins intéressante que les précédentes – de très haut niveau, il est vrai. La partie sur les entreprises locales, faite d’objets que l’on peut, en grande partie, retrouver dans les commerces français se retrouve être la section la plus appréciable c’est dire ! On y retrouve les spécialistes des sports (Petzl, Décathlon…), Focal et ses amplis de haute qualité, les chaises Fermob, Michelin ou les entreprises de la sécurité et de la santé (Visioprobe, Thuasne, Rostaing, MSA Gallet…). C’est l’instant chauvin et gonflage de poitrine pour les Rhônalpins et Auvergnats.

Une autre partie de la Cité du Design est consacrée à la ville invitée de Detroit (Michigan, USA). Ville en pleine déshérence avec un taux de chômage record et un état de faillite. On s’attendait à une grosse partie, on se retrouve face un petit réduit dans lequel on peut admirer des shoppers tunnés (vélos décorés) ou des vêtements Carhartt… OK, bon suivant… Encore une déception, le livret promet : « Player Piano revisite le premier roman de l’écrivain américain Kurt Vonnegut, publié en 1952. Dans un futur entièrement automatisé, le livre est une méditation sur le sens et le but de la vie dans un environnement où le travail est devenu le domaine des machines. » Prometteur, n’est-ce pas ? En réalité vous avez droit à une ribambelle de vidéos dont on cherche toujours le rapport avec une installation d’estrade et de miroirs reflétant des couleurs chatoyantes. On cherche encore plus le lien avec le livre…


Dans les bâtiments de l’ancienne Manufacture, on tient le gros de la Biennale. On passera sur l’énoncé des différentes sous-parties pour se concentrer sur le contenu. On retrouve au départ des objets communs mais indispensables et innovants (cafetière portable, machine à laver mécanique, sièges confortables, objets connectés) avant d’entrer dans le it-site de la Biennale avec la contestation des objets connectés qui nous tracent, sélectionnent nos choix, nous hackent, nous abrutissent. L’envers du décor de la fabuleuse et survendue société connectée, celle des I-Phones, wifis, applications, réseaux sociaux et startups. Sont aussi présentés au grand public les individus, des petites mains asservies et mal payées qui nous arnaquent (spammeurs, traceurs, arnaqueurs en tout genres…). Une envie de jeter son portable et son ordinateur nous monte au cerveau. Mais il faut que l’on vous prenne les photos et écrive ce texte. Game over. Le capitalisme a gagné. Nous sommes prisonniers.

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Alors comment faire pour s’en sortir ? On peut péter un câble et créer sa propre auto-entreprise, patron et salarié à la fois, délaisser les open-space pour des lieux mixtes (lieu de travail à plusieurs, confortable, avec des coins pour s’isoler) ou encore rejoindre un tiers-lieu, un fablab et rejoindre une communauté contestataire qui se voudrait égalitaire, engagée (à gauche forcément), génératrice d’un nouveau monde. Bienvenue dans le monde des hipsters Bisounours ! Si cette utopie anarchiste est mort-née, ces lieux de rassemblement, de travail en commun ont de beaux jours devant eux s’ils savent être plus ouverts d’esprit. Ces endroits fleurissent un peu partout dans les métropoles et petites villes (voir nos articles sur le Tiers-Lieu auxerrois et Darwin à Bordeaux).

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Pour donner envie, cette partie de l’exposition n’aurait pas du se contenter de coller des affiches explicatives et bien encrées politiquement à gauche mais faire interagir le public, lui permettre de fabriquer de menus objets, la portée en aurait été beaucoup plus grande. Là on est face à des panneaux de style Mai 68 avec des slogans dignes d’une bonne boîte de com’.

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Pour terminer, nous plongeons dans une scénographie de l’architecte Didier Fiuza-Faustino, des espaces avec écrans et casques audio narrant la fin du travail. Aucun métier n’échappera à la robotique et l’aliénation. Les Temps modernes de Chaplin ou Metropolis de Lang version 2.0. Toujours plus de profits, toujours plus d’esclaves. Si plus de travail, plus de salaire. C’est l’Extravaillance face à la mort du travail. Être miséreux mais libre ou miséreux et esclave. Pas très réjouissant.

Antoine Chevasson

photos Le Dandy Libéré.

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