Fiac 2017 : Avant-première

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Qu’il est loin le temps des années d’errance à la Porte de Versailles, celui de la mise au placard de la Foire d’art moderne et contemporain de Paris, les périodes de doutes et de fuite des galeries internationales. Aujourd’hui les équipes dirigées par Jennifer Flay ont considérablement rétabli Paris sur la carte des foires qui comptent. Si chaque édition est encore un espace de tests, les points fondamentaux semblent dorénavant inscrits dans le marbre. Une situation qui se compliquera à partir des travaux de rénovation du Grand Palais. Mais revenons en à 2017, ses confirmations et ses nouveautés.

Les recettes d’une success storie

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Pour gagner sa place parmi l’élite mondiale, la Fiac s’impose un nombre considérable de galeries étrangères de renommée. Les pays africains ou asiatiques sont encore représentés à la marge mais de nouvelles têtes semblent changer la donne. Hyundai de Séoul, Green Art Gallery de Dubai, Instituto de Visión de Bogota, MARTIN van Zomeren d’Amsterdam, Experimenter de Calcutta, Vera Cortês de Lisbonne, Selma Feriani de Tunis et Londres entrent pour la première fois dans la short-list parisienne. Si l’on peut regretter le départ de Kurimanzutto ??? les plus grands sont là. Le Grand Palais et sa coupole attirent forcément. La simple évocation de ce lieu sublime et mythique de Paris fait fondre le cœur des galeries et collectionneurs. Les ratés de Frieze, la concurrente londonienne, fait le reste. Les mêmes personnes sont à Bâle et Paris. Les galeries d’art moderne parfois délaissées sont bien accueillies dans la nef principale alors que les galeries montantes prennent place dans les salons attenants et le premier étage. Autre atout qui peut rebuter au premier abord : la taille unique des stands. À avoir la même superficie chacun est obligé de faire des choix et donc ne sélectionner que le meilleur.
En effet, la Fiac est réputée pour la qualité des œuvres qui y sont exposées… et vendues – à bon prix. Car le business est lucratif à Paris. Ces prochains jours nous apercevrons entre autres les nouveaux meubles-sculptures de Dewar & Gicquel, des dessins et peintures de Le Corbusier, Mathieu et Dubuffet, les broderies de Farhad Moshiri ou Maja Bajevic, la vision de la femme cruelle par Magritte ou celle de l’évasive par Miró, une voiture compressée de César, un paysage rougeoyant de Nicolas de Staël, les abstractions de Vera Molnar ou Xavier Theunis, une Tour Eiffel de Robert Delaunay, des Warhol et Lichtenstein, les impressions 3D de Navid Nuur, les Français Laurent Grasso, Benoît Maire, Pierre Seinturier ou Vincent Gicquel et Philippe Cognée… bref que du beau monde, et pour tous les goûts.

Le succès de la privatisation de l’avenue Winston Churchill continue avec des cerceaux de Yona Friedman sur lesquels les visiteurs seront invités à coller les reproductions d’œuvres choisies par eux, formant un musée imaginaire étonnant. Le Petit Palais verra de nouveau les sculptures monumentales prendre place en son sein, imitant à taille réduite la section Unlimited d’Art Basel. La visite se poursuit comme d’habitude Place Vendôme avec une proposition écologique et dans le jardin des Tuileries dans lequel prendra place, notamment, une maison de Jean Prouvé.

Les nouveautés : recentrage autour du Grand Palais et retour du design

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Cette année, la Cité de la Mode et du Design est définitivement rayée de la carte après son insuccès populaire, ses sélections artistiques parfois douteuses et sa situation géographique trop éloignée de l’épicentre que constitue le Grand Palais. Car il est désormais acté que la Fiac tourne autour de la nef du Palais Art Nouveau. Les jeunes galeristes seront tous réunis au premier étage. Finies, aussi, les balades artistico-champêtres au Musée d’Histoire naturelle, après un désaccord entre la direction de la Fiac et celle, nouvelle, du musée.
Le Petit Palais joue les prolongations en étendant son pouvoir grâce à une scénographie revue et plus avantageuse envers le lieu et les œuvres. La sélection (On Site) faite par Eva Wittocx (venue du M Museum de Louvain) et Jennifer Flay rassemblera des créations de Barthélémy Toguo, Justin Matherly, Erwin Wurm, Françoise Pétrovitch, Andres Serrano ou encore Enrique Ramírez et des poubelles bourgeoises d’Arman.
Plus qu’une nouveauté, la confirmation de la mode en écho aux expositions en cours. Ainsi, Camille Henrot sera à la Fiac en même temps qu’au Palais de Tokyo, Sadie Benning débarque après un tour à la Kunsthalle de Bâle et les belles découvertes des Biennales de Lyon et Venise seront mise en lumière.
Le Musée Eugène Delacroix opte, pour sa deuxième année de collaboration, pour le travail de Katinka Bock.
La « grosse » nouveauté réside dans le retour de la section design. Une toute petite section néanmoins car située dans l’ancien espace dédié au Prix Marcel Duchamp et se limitant à 5 galeries parisiennes travaillant surtout dans le design des années trente à soixante avec une flopée de Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Frères Jeanneret, Gino Ponti, Pierre Paulin et Ilmari Tapiovaar – à l’exception de Kreo présentant les contemporains François Bauchet via une table en résine de béton et sable et une tapisserie (nouvelle mode) de Hella Jongerius. Une petite touche loin des standards internationaux des Foires actuelles mais qui n’est qu’un début avant de trouver un nouveau lieu à la mesure de l’engouement.

Prix Marcel Duchamp

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Aujourd’hui prix de confirmation plus que de découverte, le Marcel Duchamp n’a plus droit aux honneurs du rez-de-chaussée (préempté par le design) mais conserve toute son importance dans la carrière d’un artiste. En 2017, ce sont 5 artistes (car un couple y figure) qui sont en compétition : la Serbe Maja Bajevic, l’Anglaise Charlotte Moth, le Suisse Vittorio Santoro et le couple franco-libanais Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige. Pour plus de détails, un article détaillé est en préparation.

Adieu Off, place libre aux foires indépendantes

YIA Art Fair se place toujours comme la défricheuse de nouveaux talents – même si certaines têtes blanches connues sont au programme – et devient de plus en plus une sorte de pré-entrée à une future Fiac. Art Élysées joue les concurrentes de la Fiac avec ses sous catégories modernes et contemporaines et design. On y trouve bon nombre de refusés au Grand Palais ou ex de la Cité de la Mode et du Design. Asiatique Now comme son nom l’indique est une petite foire qui se concentre sur l’art contemporain asiatique, avec pour focus cette année, la scène coréenne. Paris Internationale se délocalise dans les anciens bureaux de Libération et propose toujours un regard élargi sur les artistes émergents. Outsider Art Fair est la foire qui monte. L’engouement pour l’art brut et singulier n’y est pas étranger. D’autant plus que la sélection s’agrandit avec l’arrivée de galeries spécialisées et très cotées, de Donald Ellis présentant des dessins d’Amérindiens du XIXe siècle, à Cavin-Morris, apportant des œuvres du tchèque Lubos Plny, vu à Venise, en passant par une rétrospective Daniel Cordier (en accord avec son legs au Centre Pompidou).

Vente de la Collection Jean-François et Marie-Aline Prat

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Lui avocat, elle spécialiste en art contemporain, un couple, un flair, un œil, une collection unique et personnelle, enfin sa dispersion après décès, un temps fort de l’automne pour la maison de vente Christies. La vente aux enchères de cette collection française divise l’une des plus riches histoires d’un couple à l’esprit avant-gardiste, défricheur. Marie-Aline et Jean-François Prat ont su avant tout le monde reconnaître le talent de Bertrand Lavier, Martin Barré ou Sigmar Polke. Ils ont aussi su flairer les bonnes affaires comme des Fontana ou Ryman au moment opportun d’une décote, d’un creux dans l’ascension d’un artiste. Même si l’argent n’était pas leur priorité pour la revente, leurs modestes économies les poussaient à choisir l’instant T. La cerise de cette chance -ou de cette intuition – est sans conteste le Jim Crow de Jean-Michel Basquiat, une huile sur palette de bois, négociée pour 100 000€ en 1993, alors que le New-yorkais était encore un illustre inconnu (ou presque) des collectionneurs, et estimée à plus de 12 millions pour cette vente.

Antoine Chevasson

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