Tourne-Disques Party #13 – La nouvelle chanson française

Eddy de Pretto – Cure

Entre rap et chanson française Eddy de Pretto ne tranche pas et mélange une instru de hip-hop avec des textes que Jacques Brel aurait pu cracher. Camouflé derrière un style vestimentaire streetwear et une gestuelle gauche vissée à l’I-Phone le jeune rouquin à la coupe de moine vandale promeut une nouvelle poésie faussement populaire, bétonnée de références au machisme et à la banlieue, il déploie une autre vision des cités et s’attaque aux valeurs de celles-ci. Beaulieue est l’exemple parfait de la réalité des HLM, des violences, des stigmates de ses habitants, mais aussi de ses richesses, de sa beauté sourde, du spleen de la quitter. « Ils te poussent des ailes ambitieuses et ravageuses que tu dépucelles de haine, de force vénéneuse ». Rien à envier à la France de Ferrat. Dans son EP, Kid, Eddy de Pretto clashe la virilité et le machisme, l’argent glorieux, l’égocentrisme, la violence, s’oppose aux valeurs défendues et prônées par des pères qui pensent seulement avec leurs couilles et leurs poings, prophétisant que « Tu seras viril mon kid, tu brilleras par ta force physique, ton allure dominante, ta posture de caïd et ton sexe triomphant pour mépriser les faibles, tu jouiras de ta vue d’étincelles »ou ne sera pas. Brassens et Renaud qui s’entrechoquent, Bashung et Christophe qui se répondent, voilà la musique du nouveau joyau de la chanson française, inclassable.

Fishbach – À ta merci

Révélation de l’année 2017, la grande ch’tite Flora Fishbach nous replonge dans les musiques synthétiques des années 80 sans les looks horribles, entre Cold Wave, Punk en ralenti et un Jacno pop (Éternité, Un autre que moi, Le Château, Le meilleur de la fête…). Sa voix clairement étrange tourne à l’orage d’un ténor ou glisse vers des aigus posés que Françoise Hardy ne renierait pas. Le plus souvent, on retrouve les intonations d’une Catherine Ringer ou de Desirless. C’est vintage et bien foutu, entêtant, les paroles sont belles et sur scène c’est encore mieux.

Polo & Pan – Caravelle

Les deux DJ se sont rencontrés au Baron, l’ancien club huppé parisien du début des années 2000 alors dirigé par le graffeur gestionnaire André (cf la scène inaugurale des Petits Mouchoirs de Guillaume Canet) et ont sorti le premier album en 2017. Ils déclarent s’inspirer de Ravel et Debussy, mais on penche aussi vers les mélodies du monde grâce à l’utilisation d’instruments venus d’un peu partout. Jules Verne mis en musique? On balance de mélopées suaves et mélancoliques en bossa électronique. Le Syracuse de Salvador mis à la sauce électro-pop du moment. Rendez-vous dans la Canopée, l’Abysse ou la Plage isolée d’un Pays imaginaire.

The Blaze – ?

On ne connaît pas encore le nom du premier album des cousins dijonnais de The Blaze mais on peut imaginer qu’il balancera une ambiance nerveuse d’électro testostéronée au hip-hop grosses basses entendue dans les premiers titres sortis. Le rythme est rapide, violent comme les voix déformées venues de caves embrumées, rauques, d’une caverne platonique effrayante. Les clips, parties intégrantes du projet artistique, se veulent à chaque fois ambigus tout en ralenti. Territory retrace le retour en Algérie d’un jeune de cité, pris entre plaisirs de retrouver la famille et démonstrations de force, de virilité, volonté d’impressionner les autochtones, d’être le meilleur. Des thématiques qui ne sont pas sans rappeler celles d’Eddy de Pretto. L’homosexualité sous-tendue dans certains titres de de Pretto trouve un écho dans le clip Virile de The Blaze, dans lequel deux mecs de cité fument et dansent, se provoquent dans des gestuelles ambivalentes, à moins que ce ne soit que le reflet des rapports entre maghrébins comme le pensent ces derniers. Chacun sa vision comme voulue par les musiciens de The Blaze, dont ouvrir le champ des interprétations semble être un leitmotiv à succès. Les clips de The Blaze sont un lien entre le travail trash de Romain Gavras et l’esprit rebelle des 400 Coups de Truffaut.

L’Impératrice – Matahari

Le groupe débarque enfin avec son premier album après d’alléchants EP début mars. L’électro mêlée de la voix de Flore Benguigui offre encore ses merveilleux voyages oniriques, nous emporte vers des contrées tranquilles, lascives, entre spleen et rêves joyeux. À écouter sans fin dans son moyen de locomotion ou au bord de la piscine, un cocktail à la main sous un parasol et les embruns suaves de l’océan. Nouveauté, certains morceaux dont la Matahari centrale se font plus funk, dansants, déviants vers les flots de La Femme ou de la Lambada

À la vue et l’écoute de ces nouveaux talents voguant de la French Touch à la chanson à textes, du rap à la pop lancinante, on se dit que la France résiste bien aux assauts américains et sait encore produire de jeunes pousses fleurissant le répertoire conséquent de la culture hexagonale.

Antoine Chevasson

Vidéos : YouTube – Photos : DR

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